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Actualités sociales hebdomadaires : Questions à Michel Feher

Politique d’immigration : « Une rationalité purement politique »

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Ouvrage collectif de « contre-expertise », « Cette France-là » [1] vise à démontrer les incohérences de la politique d’immigration et à sortir de l’opposition entre « le coeur et la raison », explique Michel Feher, philosophe et président de l’association éponyme.

Quelle est l’origine de la démarche ?

L’association Cette France-là est née en 2007 avant l’élection présidentielle, avec une campagne d’affichage de portraits de sans-papiers ou de familles expulsés. Nous avons eu l’idée d’aller plus loin en tenant, durant le quinquennat, des annales de la politique de l’immigration et de ses effets tant sur les étrangers visés que sur ses exécutants, en travaillant sur plusieurs plans : le portrait de 80 personnes ou familles ayant fait l’objet d’une mesure d’éloignement, une description méticuleuse des dispositifs, du rôle des ministères mobilisés, des préfectures, de la police, de la justice, des élus et de certains segments de la société civile, la présentation du travail accompli par une vingtaine de préfets, non pas pour les pointer du doigt, mais parce que la politique actuelle leur accorde une grande autonomie, et enfin l’évaluation de la cohérence de cette politique par rapport aux logiques dont elle se réclame.

Une autre façon de dénoncer ?

Nous espérons en effet une intensification, mais aussi une inflexion du débat, largement fondé aujourd’hui sur une opposition entre le coeur et la raison, entre une morale de la conviction au nom de grands principes et de valeurs humanistes et la rationalité froide ou lucide du gouvernement. Or le problème, et nous le montrons de façon argumentée, c’est que toutes les ambitions et les attendus de cette politique - le pragmatisme économique, la prévoyance démographique, l’intégration, l’attention au développement des pays du Sud, le respect de l’Etat de droit - ne se retrouvent pas dans sa mise en oeuvre. La rationalité dont il s’agit est purement politique, fondée sur l’entretien du volontarisme prôné par Nicolas Sarkozy et dont celui-ci veut conjurer la relative impuissance par la politique du chiffre. A cela s’ajoute une distinction entre les étrangers de l’immigration choisie et ceux de l’immigration subie qui n’a pas de consistance, les deux catégories ayant la même vocation à fonder une famille et à travailler. Cette opposition a des effets pervers. La plupart des immigrés expulsés travaillent, et leur éloignement, outre le prix considérable pour eux-mêmes, constitue une perte sèche pour l’économie, à tel point que des coalitions de patrons se forment pour demander leur régularisation. Dans le même temps, les restrictions sur l’immigration familiale ont un effet repoussoir pour ceux que l’on aimerait attirer.

C’est également contre-productif pour l’intégration...

Une autre innovation de la rhétorique présidentielle réside dans la perversion de l’éloge de l’ouverture. Jadis, la peur des échanges était fondée sur une aversion pour le mélange. Aujourd’hui, c’est tout le contraire : on avance qu’il faut surveiller les frontières et expulser pour maintenir une société progressiste, ouverte sur la diversité. Mais expulser les uns pour bien intégrer les autres est un raisonnement bancal : pour pourchasser l’immigration subie, il faut interpeller en masse, ce qui suppose de définir des critères qui touchent les étrangers en situation régulière et même les minorités visibles. On crée ainsi un climat de suspicion et de crainte dont l’effet est négatif pour l’intégration.

Appeler à la solidarité avec les étrangers au nom d’une précarité commune est, selon vous, un contresens...

On se trompe de combat. La plupart des expulsés sont des personnes qui travaillent et sont exploitées, donc idéales du point de vue du capital. Ce qui invalide l’hypothèse d’une rationalité économique. La politique menée en matière d’immigration n’est pas libérale mais, à mon sens, néolibérale : le pouvoir cherche moins le profit des employeurs que l’entretien de son propre crédit. Nous espérons être doublement utiles en montrant que la culture du résultat en matière d’immigration est à la fois une partie essentielle du dispositif gouvernemental et un point de vue privilégié sur son fonctionnement.

Propos recueillis par Maryannick Le Bris

[1]Ce premier volume, édité à 4 000 exemplaires, a été envoyé aux parlementaires, préfets, ministères et différentes institutions, avant d’être vendu en librairie. Il porte sur la période du 6 mai 2007 au 30 juin 2008.

6 mars 2009

Entretien avec Eric Fassin

Nouvel Observateur

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Lien http://hebdo.nouvelobs.com/hebdo/pa...

Quel est le bilan de la politique d’immigration dont Nicolas Sarkozy veut faire une des clés de son mandat ? Sociologue, enseignant à l’Ecole normale supérieure et membre du collectif Cette France-là, Eric Fassin dévoile les conclusions d’une contre-expertise au scalpel.

Pourquoi ce livre et pourquoi l’avoir intitulé « Cette France-là » ?

Notre collectif est né d’une volonté : regarder en face la France qui se dessine aujourd’hui sous nos yeux. Pendant la campagne présidentielle, nos affiches donnaient à voir des étrangers expulsés - leur histoire, mais aussi leur visage. Quant au livre, il prend pour point de départ l’élection de Nicolas Sarkozy et il procède d’un double étonnement. D’un côté, il se passe quelque chose. Qui d’entre nous, il y a seulement dix ans, aurait pu imaginer vivre dans « cette France-là », un pays qui s’enorgueillit de ses quotas d’expulsions ? Il y a bien une rupture. D’un autre côté, il ne se passe rien. Les politiques font comme si de rien n’était - « On n’est tout de même pas sous Vichy ! » Quant à nous, nous ne voulons pas attendre les historiens de demain pour analyser ce qui se passe aujourd’hui.

La composition de cet ouvrage collectif est surprenante...

C’est un objet (politique et intellectuel) non identifié. Un beau, un gros livre, qui s’accorde à la dignité et à l’importance de son sujet ; un style glacé, pour comprendre avant de condamner. Nous voulons percer l’indifférence en déjouant les catégories attendues. Sans être des experts, nous sollicitons une palette de savoirs (sociologie, économie, droit, démographie, philosophie...), mais aussi de savoir-faire (journalisme, militantisme), pour composer une somme. Et nous mélangeons les genres : histoires de vie d’expulsés, portraits de préfets, inventaire des pratiques policières, judiciaires, bureaucratiques... On ne peut pas se contenter de faire appel à des affects (la compassion, l’indignation) ; nous voulons mobiliser l’intelligence des lecteurs (démonter la logique des discours et reconstituer la logique des pratiques). Autrement dit, nous récusons le partage entre le coeur et la raison qui structure les débats sur la politique d’immigration : le cauchemar kafkaïen de la machine à expulser, c’est l’épouvante d’une rationalité devenue folle.

Qu’avez-vous découvert ?

Que la politique d’immigration est la clé de voûte de la politique sarkozyenne. Sa culture du résultat, c’est une culture, pas des résultats. On en prend conscience : elle n’en donne guère - pas plus dans l’économie que dans le sport ! Or l’immigration fait exception : « Regardez nos chiffres, dit le gouvernement, nous battons des records d’expulsions ! » Peu importe que cette politique ne soit pas rationnelle d’un point de vue économique, ni démographique, ni sociale. En fait, il s’agit seulement d’une rationalité politique. Ce qui compte, c’est l’affichage triomphal du volontarisme du chef : « Yes, he can ! » Mais la vérité de la politique du chiffre, ce sont seulement... les chiffres.

Il faut donc démonter cette machine, pour montrer qu’elle tourne à vide. L’opposition doit en tirer les leçons. Car la gauche modérée n’ose pas vraiment en contester le bien - fondé ; elle se contenterait volontiers de la rendre plus « humaine ». Quant à la gauche critique, en dénonçant une forme d’exploitation, elle concède trop facilement au gouvernement une rationalité économique qui, en réalité, lui fait défaut. Au fond, la politique d’immigration actuelle n’est ni tolérable humainement ni raisonnable économiquement. Il faut alors en tirer la conclusion : rien ne nous oblige à continuer ainsi. C’est une politique choisie, et non subie. Telle est donc notre interpellation, avec les 2 000 exemplaires du livre distribués aux élus, aux préfets : « Cette France-là, vous l’aimez ? Vous pouvez la changer ! »

Propos recueillis par Jean-Gabriel Fredet

5 mars 2009

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Le Grand Journal de Canal+, Éric Besson était l’invité de l’émission, Ali Badou a consacré sa chronique au volume 1.

Flash - 763 octets
Canal+, Le Grand Journal

4 mars 2009

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Lien Studec Web

La webradio Studec a interviewé Caroline Izambert à propos du Volume 1.

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Studec web : MagInfo

4 mars 2009

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Le 03 mars 2009, Michel Feher, président de Cette France-là a été interviewé dans le 5/7 de France-Inter, à l’occasion de la sortie du Volume 1.

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France-Inter, le 5/7, première partie
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France-Inter, le 5/7, deuxième partie
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France-Inter, le 5/7, troisième et dernière partie

3 mars 2009

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Lien 20minutes.fr

TEMOIGNAGE - Un ouvrage collectif publié à compte d’auteur dresse un état des lieux et veut laisser une trace pour l’avenir...

« Contribuer à constituer le dossier des historiens. » Tel est l’objectif ambitieux de « Cette France-là », ouvrage collectif envoyé jeudi à tous les parlementaires et à plusieurs personnalités. Le premier tome d’une série qui devrait en comporter cinq a été publié à compte d’auteur et dresse un état des lieux de la première année de Nicolas Sarkozy en matière d’immigration.

Il raconte l’histoire des hommes et des femmes derrière la « politique du chiffre ». Celle de Kadialy Fadiga, sans-papiers sénégalais de 21 ans arrêté au départ d’un voyage scolaire. Celle de John Maïna, retrouvé pendu dans le foyer où il résidait après le rejet définitif de sa demande d’asile, par peur de retourner au Kenya.

Inventaire et réflexion sur la « nouvelle politique française d’immigration »

Des portraits, le destin de familles confrontées à l’éloignement, l’expulsion, parfois la régularisation, en quelque 80 récits. Mais aussi l’inventaire des intervenants, préfets, fonctionnaires ou militants. Et une réflexion sur la « cohérence » de la « nouvelle politique française d’immigration ».

Journalistes, universitaires et militants associatifs signent ce livre de « contre-expertise » et invitent élus et électeurs « à se demander si la politique menée par les premiers au nom des seconds mérite d’être soutenue, au risque d’en assumer la responsabilité historique ».

Julien Ménielle

27 février 2009

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PARIS, 25 fév 2009 (AFP) - Un ouvrage collectif sur la politique d’immigration de Nicolas Sarkozy, baptisé "Cette France-là", sera distribué gratuitement jeudi à tous les parlementaires et aux membres des corps constitués, a-t-on appris mercredi auprès de l’association qui le publie.

Selon Michel Feher, philosophe et président du Collectif "Cette France-là", cet ouvrage collectif se veut une "contre-expertise" de la politique d’immigration conduite par Nicolas Sarkozy en même temps qu’"un état des lieux annuel" de cette politique.

L’ouvrage, publié à compte d’auteur, tiré à 4.000 exemplaires, et distribué par les éditions de La Découverte, devrait être suivi par quatre autres volumes qui jalonneront ainsi le quinquennat de Nicolas Sarkozy.

Dans ce premier volume rédigé par un groupe de journalistes, d’universitaires et de militants associatifs, est d’abord abordé le point de vue des étrangers en quelque 80 récits, tandis qu’une deuxième et troisième parties sont consacrés aux concepteurs et aux acteurs de cette politique d’immigration.

Pour M. Feher, la vocation de cet ouvrage est double : "Contribuer à constituer le dossier des historiens qui étudieront l’impact de la présidence de Nicolas Sarkozy sur l’état de la démocratie en France" tout "en s’interrogeant sur la cohérence d’une telle politique".

L’ouvrage, dont le coût du premier tirage s’est élevé à environ 30.000 euros, sera mis en vente en librairie le 6 mars au prix de 15 euros.

aml/sla/sd - AFP 251912 FEV 09

25 février 2009

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Documents « Le livre noir de l’immigration » [PDF - 365.9 ko]

L’essentiel : Ouvrage collectif de contre-expertise de la politique d’immigration actuelle, "Cette France-là" sera distribué cette semaine à 2000 élus et fonctionnaires. Le contexte : Il montre que cette politique est simplement emblématique du volontarisme du Président. L’enjeu : Quotas et expulsions apparaissent incohérents et antiéconomiques. suite

25 février 2009

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