20 minutes, Martine Billard : « Les lois sur l’immigration n’ont fait l’objet d’aucun bilan »

publié le 7 avril 2010

20 minutes a interrogé Martine Billard à propos de l’audit de la politique d’immigration du gouvernement. Cet interview accompagne un article du quotidien sur le même sujet.

INTERVIEW - La députée (Parti de gauche) de la première circonscription de Paris, est une des instigatrices de l’audit sur la politique d’immigration.

Pourquoi avoir décidé de créer cet audit maintenant ?

Il va y avoir une nouvelle loi relative à l’immigration, la cinquième en sept ans. Elle a été créée uniquement à cause du désaveu judiciaire qu’a rencontré le gouvernement dans l’affaire des Kurdes débarqués en Corse en janvier dernier. Aucune législation ne venait jusqu’alors encadrer ce type de situation. Mais les précédentes lois n’ont fait l’objet d’aucun bilan. Le but de cet audit, c’est justement d’évaluer les politiques déjà mises en œuvres, ce qui devrait avoir lieu avant toute nouvelle législation. Au lieu de ça, le gouvernement chosit de faire passer ses textes en urgence.

Concrètement, que va faire l’audit ?

Nous allons interroger des chercheurs, des politiques… Nous voulons dresser toutes les conséquences qu’a eu la politique d’immigration en France, qu’il s’agisse d’améliorations ou de dégradations, dans plusieurs secteurs. Les étrangers vivent dans une très grande précarité en France, il faut que cela soit pris en compte. Par exemple, le fait que beaucoup de travailleurs sans-papiers fassent grève dernièrement montre bien qu’il y a une utilisation économique de ces personnes dans le pays. D’autre part, nous ne posons pas seulement la question du nombre de personnes expulsées mais aussi de leurs conditions de vie une fois de retour dans leur pays d’origine.

Le fait que des parlementaires de droite participent à cet audit est-il révélateur d’une contestation au sein de la majorité ?

Etienne Pinte est très connu pour son travail sur ces questions. Il avait notamment milité contre la double peine et côtoie régulièrement des sans-papiers. Il a une vraie légitimité à travailler avec nous. Dans son cas, c’est davantage la personne que le parti qui compte. Après, je ne sais pas comment cela est perçu dans la majorité.

Propos recueillis par Enora Ollivier