Expertise citoyenne de l’immigration

Le Berry Républicain

publié le 17 avril 2009

VIERZON vendredi 17 avril 2009

Un collectif a rédigé un livre sur la politique d’immigration. Deux des coauteurs seront ce soir au Ciné-Lumière pour un débat sur le sujet.

C’est un livre noir, épais, à la couverture rigide où se détache un titre discret : « cette France-là ». Parmi les signataires de cet ouvrage, Caroline Izambert et Gaëlle Krikorian côtoient une vingtaine d’autres coauteurs. Les deux jeunes femmes, la première enseignante et la seconde chercheuse en sciences sociales, seront ce soir, à Vierzon, au Ciné-Lumière, pour participer au débat sur les demandeurs d’asile autour du film Pour un instant la liberté.

Cette France-là est le titre d’un ouvrage collectif et celui d’une association. Qui regroupe-t-elle ?

Elle regroupe des gens aux savoirs différents, journalistes, enseignants, sociologues, universitaires, membres d’associations, des gens aux trajectoires différentes, et cela pour réaliser une expertise citoyenne sur la politique d’immigration sous Nicolas Sarkozy. Notre expertise commence le 6 mai 2007. Et le premier tome s’arrête le 30 juin 2008.

Qu’avez-vous rédigé dans cet ouvrage ?

Des portraits de personnes sans papiers, un chapitre sur l’accès aux soins et un autre sur les centres de rétention. L’écriture est collective. Nous comptons sortir un livre par an, le temps que Nicolas Sarlozy est au pouvoir.

Quel est le sens de cette expertise citoyenne ?

Notre démarche est simple : prendre au mot le Président de la République qui avait parlé, en matière de politique d’immigration, de rupture. Sa politique, a-t-il dit, ne s’était encore jamais faite jusque-là. Les coauteurs de l’ouvrage ont donc collecté les informations, avec sérieux et rigueur, de façon à chercher les signes de cette rupture, par la contestation que cette politique suscite, par exemple. Nous sommes allés voir à tous les étages, de la lettre de mission de Nicolas Sarkozy à Brice Hortefeux (alors ministre de l’Immigration, de l’Intégration, de l’Identité nationale) jusqu’aux centres de rétention. Dans notre travail, nous avons eu la chance de pouvoir nous appuyer sur de nombreux rapports.

Quelle a été votre principale préoccupation ?

Notre principale réflexion portait surtout sur la cohérence et le sens de cette politique. En avançant, nous sommes allés d’effarement en effarement avec des situations incohérentes. Nous avons constaté un vide concernant le retour humanitaire des demandeurs d’asile, dans leurs pays afin de gonfler les chiffres de l’immigration. Notre principale difficulté a été de l’ordre intellectuel pour comprendre les mécanismes qui ont conduit à cette politique-là.

Alors rupture ou pas rupture ?

Il y a une rupture ? dans le discours. Un tour de passe-passe qui consiste d’un côté à mener une politique répressive à l’égard des étrangers et de l’autre, à vouloir, imposer une immigration choisie. Ce sont là deux pôles antinomiques ! C’est là qu’est la rupture. D’autant que cette politique met à mal des professions, les policiers, les agents de la Préfecture. C’est une politique difficile à appliquer. C’est cette contradiction que nous mettons en avant. Le ministère de l’Immigration a réservé quel accueil à votre livre ? Le ministère en a eu un exemplaire. Il en a demandé dix de plus, en disant que c’est un bon document. Il faut ajouter que cette politique a un coût très élevé et elle ne correspond pas à la rationalité dont elle se réclame. Je suis désolé mais reconduire des gens chez eux pour en faire venir d’autre...

Rémy Beurion remy.beurion@centrefrance.com

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