Immigration, le résultat d’abord

Le Monde

publié le 19 mars 2009

RUPTURE. Prendre au mot Nicolas Sarkozy, c’est ce qu’ont voulu faire les auteurs de Cette France-là, un collectif d’universitaires, militants associatifs et journalistes, en invitant tout un chacun à s’interroger sur la politique migratoire dont le président de la République s’est engagé à faire une clé de voûte de son mandat et l’incarnation de la " rupture " dont il se réclame.

Dépassant l’indignation, l’ouvrage, 450 pages très documentées, interroge, à partir des faits et des discours, la cohérence de la politique menée, ses logiques et ses ambitions. Son mérite est d’inviter à dépasser le simple procès d’intention pour analyser les véritables ressorts de la politique voulue par le président de la République, et ce faisant du sarkozysme.

Tout en soutenant que la France, dans l’incapacité d’accueillir toute la misère du monde, doit se prémunir de tout afflux massif d’étrangers, le président se félicite d’avoir rompu avec l’hypothèse irréaliste de l’immigration zéro. Pour autant, la France, soutient-il, doit " retrouver la maîtrise de ses flux migratoires " en " passant d’une immigration subie à une immigration choisie ". Qu’il s’agisse du pragmatisme économique, de la prévoyance démographique, du souci de l’intégration, du développement solidaire ou encore du respect de l’Etat de droit, les justifications alléguées ne résistent pas à l’analyse de la réalité, selon les auteurs. Les immigrés choisis ont, de fait, la même propension à vivre en famille. Et les immigrés venus par le biais de l’immigration familiale ne travaillent pas moins que les autres. Sans compter que l’action de l’Etat à l’encontre des immigrés subis risque de dissuader les immigrés choisis de venir en France. Et ce faisant d’empêcher l’immigration d’être un remède partiel à la crise démographique, un des objectifs de M. Sarkozy.

C’est en fait ailleurs que se trouve être la rationalité de la rupture proclamée, poursuivent les auteurs de Cette France-là. Le président s’est donné, on le sait, pour objectif de réhabiliter l’action publique. Or dans la lutte contre l’immigration subie, M. Sarkozy a trouvé un domaine où donner corps à son volontarisme, en fixant des objectifs de reconduites à la frontière, qu’il demande à l’administration de tenir. Combien de temps un tel mode de gouvernement, fondé sur la " culture du résultat ", indépendamment des implications économiques et sociales, peut-il tenir ? Les auteurs de Cette France-là renvoient le citoyen à ses responsabilités.

Laetitia Van Eeckhout

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