Politique d’immigration : pourquoi Éric Besson préfère-t-il un rapport privé à un audit public ?

communiqué de presse

publié le 11 avril 2010

L’audit de la politique d’immigration lancé par des élus de tous bords avec l’association Cette France-là, à l’occasion d’une conférence de presse qui s’est tenue à l’Assemblée nationale le mardi 6 avril 2010, a encouragé Éric Besson, dès le 8 avril, à « commander un rapport officiel sur le coût de l’immigration irrégulière et des mesures d’éloignement ». Nous nous félicitons que notre initiative incite le ministre de l’immigration et de l’identité nationale, au moment de proposer une cinquième loi sur l’immigration en sept ans, à renouer avec l’exigence d’évaluation dont il avait la responsabilité au sein du gouvernement avant d’occuper ses fonctions actuelles.

Nous nous interrogeons toutefois sur le recours annoncé, pour ce « rapport officiel », à un « cabinet indépendant » : la crise économique ne nous a-t-elle pas appris que la plus grande vigilance est requise face à des agences de notation financées par ceux-là mêmes qu’elles évaluent ? Cette indépendance revendiquée nous paraît d’autant moins assurée que le ministre affirme déjà connaître les conclusions du rapport qu’il commande aujourd’hui. Il l’annonce en effet : « on verra que l’immigration irrégulière coûte cher mais pas dans le sens qui est dit. » En fait, plutôt que de s’interroger seulement sur les coûts (et donc aussi sur les bénéfices) de l’immigration irrégulière, il nous paraît urgent d’évaluer l’ensemble de cette politique : sa pertinence au regard des perspectives démographiques, son impact sur les finances publiques, la croissance et la situation de l’emploi, ses effets sur l’intégration des étrangers en situation régulière, son incidence sur le développement des pays d’émigration et le bien-fondé de l’opposition qu’elle dresse entre immigration « choisie » et immigration « subie ».

Enfin, nous regrettons que le ministre préfère financer un rapport privé, plutôt que de s’appuyer sur l’audit lancé par des représentants du peuple, alors même que ceux-ci choisissent de dépasser les clivages partisans. Il serait dans l’intérêt de notre démocratie que le pouvoir exécutif, et tout particulièrement au moment de soumettre un projet de loi au Parlement, prête davantage attention aux élus qui ont vocation à voter les lois. Pour notre part, nous souhaitons entendre le ministre lors des auditions que nous organiserons jusqu’à fin 2010 : l’invitation est lancée.

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