Après Sangatte

l’occultation des inexpulsables

 La banalisation de la violence

À Calais, comme dans la plupart des communes concernées, les exilés appréhendent particulièrement les interventions des compagnies de CRS, considérés, selon leurs témoignages, comme beaucoup plus violents que les agents de la PAF. Ce constat est d’ailleurs partagé par plusieurs associatifs mais aussi par certaines municipalités, comme le montre le rapport de la CFDA. Selon le directeur de cabinet de la mairie de Grande-Synthe, « la mairie ne souhaite plus voir sur son territoire les compagnies de CRS qui viennent arrêter les migrants. À chaque fois, elles mettent la commune en état de siège. C’est une grave erreur de les envoyer sur le camp, il n’y a pas de problème d’ordre public avec les exilés ». Un brigadier de la PAF aurait également reconnu « qu’il n’est pas toujours facile de maîtriser les équipes de CRS qui débordent quelques fois ».

Ces pratiques semblent pourtant n’être que la partie apparente des vexations et des violences que subissent les exilés. Du fait des stratégies d’« invisibilisation », il est difficile d’établir ce qui se passe réellement dans ces zones isolées, mais des témoignages font état d’exactions inqualifiables. À Calais, une vieille scierie désaffectée est habitée en permanence par des exilés. Tous les matins à l’aube, les CRS y effectuent des descentes et n’hésitent pas, selon les témoignages recueillis par la CFDA, à recourir à la violence et à gazer « les cuves à sciures sous le plancher où certains plongent pour se cacher ». L’un des réfugiés explique comment, après avoir été menotté, il a vu un CRS uriner sur ses affaires, avant d’être relâché quelques heures plus tard sans aucune autre procédure. D’autres racontent que des gendarmes les ont, en guise d’interpellation, poussés tête la première dans un vieux conteneur rempli d’une eau saumâtre avant de partir en riant. Il est aussi fait état de caillassage, de confiscation ou destruction des effets personnels ou des réserves de nourritures… Pour réguliers que soient ces témoignages, il n’est pas possible de quantifier avec certitude le type d’agissement qu’ils relatent. Mais il est clair que les stratégies d’intimidations institutionnalisées et le fait que les personnes se trouvent toujours plus dispersées et éloignées du regard collectif permettent l’impunité de telles pratiques miliciennes.

Ce renvoi à la clandestinité expose encore les exilés à d’autres types de violences. En effet, d’une part, les altercations entre eux sont régulières et, d’autre part, les passeurs sont particulièrement durs avec ceux qui tentent leur chance sans leur aide et avec les mauvais payeurs. De plus, les vigiles privés et les routiers ne reculent pas non plus devant la brutalité pour empêcher que les camions soient utilisés pour passer la Manche. Ce climat saturé de violence et de tension s’accompagne d’une montée d’agressions à caractère raciste. Ainsi, début décembre 2007, des exilés qui dormaient dans un squat de Calais se sont fait attaquer par un groupe de jeunes Calaisiens. Lors de ce passage à tabac, plusieurs migrants ont été blessés : l’un a perdu un oeil ; un autre, aspergé d’essence, a failli être immolé. Les agresseurs ont été dispersés par la police alors qu’ils revenaient sur les lieux pour une seconde attaque.

Le dernier symptôme de cette banalisation de la violence est la réaction de certains membres du personnel soignant de l’hôpital de Calais face aux traumatismes des exilés. Depuis le printemps 2008, certains médecins établissent des certificats médicaux dans lesquels ils constatent des traumatismes et stipulent que le porteur d’un tel certificat doit être traité avec ménagement. Cette pratique soulève des questions évidentes : à qui s’adressent de tels certificats ? à la police ? Qu’impliquent- ils pour les personnes qui en sont dépourvues ?

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