Des internés aux retenus

la Cimade auprès des étrangers enfermés

Association fondée en 1939 par les dirigeants de mouvements de jeunesse protestants, la Cimade (Comité inter-mouvements auprès des évacués) tire son nom de sa première mission. Elle s’est en effet d’abord investie dans l’aide aux « évacués » d’Alsace et de Lorraine, soit aux quelque 200 000 personnes déplacées vers le sud de la France lorsque l’invasion de la Pologne décide le gouvernement français à entrer en guerre. L’année suivante, alors que les Juifs étrangers et les opposants allemands au nazisme sont rassemblés, avant même l’abdication de la République, dans les camps d’internement et les « centres d’accueil » du ministère du Travail — à Gurs, Agde, Argelès et Rivesaltes notamment —, c’est à ces internés que les équipiers de la Cimade prodiguent leur soutien. Puis, à partir de 1942, la rafle du Vélodrome d’hiver (Vel’ d’Hiv’) et le franchissement de la ligne démarcation par l’armée allemande précipitent l’entrée en résistance de l’association : celle-ci s’occupe désormais de la fabrication de faux papiers et aide de nombreux Juifs à traverser les frontières.

Après la guerre, la Cimade s’engage dans les luttes pour la décolonisation. De 1954 à 1962, elle agit en étant présente dans les camps où sont internés les indépendantistes algériens, des deux côtés de la Méditerranée. Enfin, depuis la fin des années 1970, la multiplication des projets de loi destinés à contrôler plus sévèrement les frontières et à éloigner les migrants en situation irrégulière va inciter l’association à se mobiliser pour la défense des droits des étrangers. À ce titre, la Cimade est présente dans les centres de rétention administrative (CRA) depuis leur création, en 1984. Elle est même la seule association autorisée à pénétrer dans ces centres, pour y surveiller les conditions de rétention et apporter une aide juridique aux retenus.

Outre la mission d’accompagnement social et juridique accomplie par les soixante intervenants de son service de défense des étrangers reconduits (DER), chaque année, la Cimade fait paraître un rapport qui fournit un état des lieux pour l’ensemble des centres de rétention situés sur le territoire français [1]. Ces rapports constituent la principale source d’informations permettant de connaître les conditions de rétention et d’accès aux droits des étrangers retenus [2].

On l’a dit, la Cimade est, depuis 1984, la seule association admise dans les CRA. Se pose toutefois la question de savoir si cette exclusivité va être maintenue au-delà de 2008, c’est-à-dire à l’échéance de la dernière convention triennale que l’association a passée avec l’État. Car, depuis la mise en place du ministère de l’Immigration, la liberté de parole que s’accorde la Cimade n’est guère appréciée par les autorités. « Nous avons reçu des remarques répétées, depuis quelques mois, sur le fait que notre parole agaçait les pouvoirs publics », a révélé Laurent Giovannoni, secrétaire général de la Cimade, lors de la présentation du rapport de 2007 sur les centres et locaux de rétention administrative. Et Patrick Gaubert — député européen UMP — de confirmer l’exaspération des partisans de la politique d’immigration de Nicolas Sarkozy et de son ministre Brice Hortefeux : « La Cimade passe son temps à critiquer le gouvernement de manière assez violente », déplore celui qui est aussi l’ancien président de la Ligue internationale contre le racisme et l’antisémitisme (Licra).

Non content de manifester son agacement, le ministère de l’Immigration semble décidé, sinon à exclure la Cimade des CRA, du moins à lui retirer l’exclusivité du soutien en rétention. En septembre 2008, les services de Brice Hortefeux ont en effet présenté un nouvel appel d’offres, ouvert aux associations — voire plus généralement à toute personne morale — désireuses d’oeuvrer auprès des retenus. L’appel d’offres est assorti d’une clause de confidentialité — autrement dit, plus question d’étaler d’éventuelles doléances sur la place publique — et il y est précisé que l’intervention en rétention doit se limiter à de l’information juridique. Bref, c’est peu dire que le portrait robot des associations sollicitées par le ministre de l’Immigration ne correspond guère à celui de la Cimade.

www.cimade.org

Notes

[1]Cimade, Centres et locaux de rétention administrative, Rapport 2007

[2]En plus de son travail de soutien et d’information relatif aux CRA, la Cimade intervient également dans plus de cinquante établissements pénitenciers auprès des détenus étrangers. Par ailleurs, l’association comprend encore deux autres « pôles » : celui de la défense des droits fondamentaux, qui produit des rapports d’observation sur les pratiques administratives, coordonne les activités de défense juridique des étrangers et met en place des formations destinées aux bénévoles et salariés de l’association ; et celui de la formation et de l’insertion, qui se consacre à l’enseignement du français et à l’insertion professionnelle des étrangers, et auquel sont rattachés le Centre provisoire d’hébergement (CPH) pour réfugiés de Massy et le Centre d’accueil pour les demandeurs d’asile (Cada) de Béziers.

 
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