Eux et nous

les immigrés dans la rhétorique ministérielle

Les discours prononcés par Brice Hortefeux devant l’Assemblée nationale (18 septembre 2007) [1], puis lors de la création de la commission Mazeaud chargée d’examiner le cadre constitutionnel de la nouvelle politique d’immigration (7 février 2008), fournissent d’intéressantes indications sur la définition même de la relation que le ministère de l’Immigration entend afficher envers celles et ceux que sa politique concerne, à savoirles étrangers et immigrés eux-mêmes. La création d’un tel ministère appelle, il est vrai, une telle clarification : dans le même mouvement, en effet, cette innovation institutionnelle inscrit avec force les questions migratoires au nombre des prérogatives de l’État, et institue de l’autre main « l’immigration » comme son vis-à-vis, ce qui semble conférer à celle-ci non seulement le statut d’objet offert à l’intervention publique, mais aussi celui de sujet collectif pris en compte par cette politique même.

Ambiguïté du « de » : de même qu’un ministère de l’Agriculture se doit d’assurer qu’il prend en compte les préoccupations des agriculteurs, un ministère de l’Immigration ne peut éluder la question de la place qu’occupe, dans l’orientation et le bien- fondé de son action, le souci des immigrés, là même où il se présente par ailleurs comme une expression indiscutable de la souveraineté nationale. Accueillant la commission Mazeaud dans d’anciens locaux du ministère de l’Intérieur puis du Conseil d’État, Brice Hortefeux le souligne : « Les lieux sont donc empreints d’une tradition régalienne, avec laquelle ce nouveau ministère a renoué. Car c’est bien la naissance d’un nouveau ministère régalien que le président de la République a souhaitée. »

Cette justification régalienne, pourtant, ne saurait suffire dans un horizon politique contemporain où il importe de paraître s’adresser aussi à ceux que l’on gouverne. C’est pourquoi elle se double de trois déplacements, adjoignant à l’idée selon laquelle il revient à l’État de choisir qui il souhaite accueillir une série de justifications d’allure différente. Dans les propos de Brice Hortefeux interviennent, d’abord, un renversement, par lequel les individus concernés apparaissent comme les véritables destinataires de cette politique, et les foyers autour desquels le gouvernement organise ses démarches, ensuite, l’affirmation d’une convergence, autour des mêmes mesures, entre la volonté de l’État de renforcer sa maîtrise et les attentes ou l’intérêt bien compris des populations ainsi reprises en main, enfin, l’horizon d’un consensus, l’action du ministère de l’Immigration se donnant pour objectif de permettre une meilleure compréhension entre les divers publics auxquels elle s’adresse.

Notes

[1]Déclaration sur le projet de loi relatif à la maîtrise de l’immigration, à l’intégration et à l’asile, et sur les amendements portés au débat, Paris, le 18 septembre 2007.

 
Lire également
Les objectifs du ministre
Dublin II
Les enfants d’Éloi
La technologie du soupçon
Contact
Nous contacter
Lettre d'informations
recevez par mail l'actualité de Cette France-là. S'inscrire.