Influences et convergence

La France et l’Europe

 La complémentarité des politiques d’immigration française et européenne

Pour dénoncer les périls de l’immigration présentée comme une invasion, l’extrême droite a longtemps nourri sa rhétorique xénophobe, en France comme ailleurs, de l’opposition entre les logiques européennes, supposées acquises au cosmopolitisme, et celles qui sont propres aux États, réputés seuls capables de préserver l’identité nationale. Dans les années 2000, on assiste en réalité non pas à une concurrence ou à une contradiction, mais plutôt à une complémentarité, voire à une émulation entre les échelons nationaux et européen de la politique d’immigration.

C’est ainsi que la France a pu s’autoriser des directives européennes pour restreindre les droits qu’elle offrait jusqu’alors en matière d’asile ou de regroupement familial, tout en bénéficiant de la coopération européenne en matière de contrôle des frontières. Toutefois, s’il est clair qu’on aurait tort de croire que la France se contente de s’aligner sur la logique européenne, il n’en serait pas moins inexact d’imaginer qu’elle ne fait qu’instrumentaliser à ses fins propres une logique qui lui serait extérieure. En réalité, le Pacte européen sur l’immigration et l’asile signé en octobre 2008 l’a bien montré : la France peut aussi jouer un rôle moteur dans la définition d’une politique commune — d’autant plus, il est vrai, que son Président se trouvait alors, comme nul ne l’ignore, à la tête de l’Europe. Ainsi est-ce au sommet européen sur l’intégration, réuni le mois suivant à son initiative, que la France a pu faire adopter la défense des identités nationales au niveau européen : parmi les initiatives phares de ce sommet, qui s’est tenu à Vichy, figure notamment l’idée de promouvoir l’enseignement aux étrangers de l’hymne national français, la Marseillaise. C’est finir de réduire au silence, en tout cas en France, l’extrême droite qui, naguère encore, opposait l’Europe à l’identité nationale.