Le choix du Président

L’hospitalité selon Nicolas Sarkozy

 Le cœur d’un projet

« Le cœur du projet présidentiel en matière d’immigration, écrit Nicolas Sarkozy dans sa Lettre de mission [1] à Brice Hortefeux, est de reconnaître l’intérêt pour notre pays et pour les pays d’origine d’autoriser un certain nombre d’immigrés à s’installer en France, tout en exigeant de ceux-ci qu’ils respectent nos valeurs et en maîtrisant l’ampleur des flux migratoires. »

Peut-on considérer que la politique définie par cette phrase un peu lourde participe de la rupture dont se réclame le président de la République ? Sans doute la volonté de maîtriser les flux migratoires n’est-elle pas nouvelle. Depuis 1974, année où les autorités françaises décrètent officiellement la suspension de l’immigration de main d’œuvre, tous les gouvernements ont en effet pris soin de l’afficher. Quant au souci de subordonner le respect des valeurs républicaines à l’octroi d’un titre de séjour, les lois Pasqua de 1986 et de 1993 l’invoquent déjà pour justifier le renforcement des prérogatives préfectorales et policières en matière de droit des étrangers. Cependant, force est de constater que, pour Nicolas Sarkozy, ces deux engagements désormais classiques ne font plus que qualifier ce qu’il nomme le « cœur » de son projet, à savoir la reconnaissance des mérites, voire de la nécessité d’une certaine immigration.

Gérer les flux migratoires, non pour tenter de les tarir ou de les détourner du territoire français, mais bien pour se donner les moyens de mieux sélectionner les migrants que l’on accueille, soit pour attirer des étrangers de choix et imposer des conditions plus strictes aux autres, tel est, en substance, l’objectif novateur que le président de la République fixe à son ministre. Et pour le tenir, Brice Hortefeux dispose d’un outil lui aussi sans précédent, qui a pour nom le ministère de l’Immigration, de l’Intégration, de l’Identité nationale et du Codéveloppement (rebaptisé depuis Développement solidaire) [2]. Enfin, à ces deux innovations, l’une substantielle et l’autre institutionnelle, s’ajoutent encore deux principes directeurs, la préoccupation de l’efficacité globale mesurable et l’attention exceptionnelle réservée aux cas particuliers ; principes dont Nicolas Sarkozy soutient qu’ils gouvernent son action dans tous les domaines, qu’ils ont vocation à être mis en œuvre par l’ensemble de ses collaborateurs et qu’ils démarquent sa politique de celle de ses prédécesseurs.

Principal mot d’ordre présidentiel, la promotion de l’« immigration choisie », au détriment de celle qui serait « subie » par la population française, suppose d’indexer la délivrance des titres de séjour sur les besoins économiques de la France et les conditions d’entretien de son identité plutôt que sur les seules sollicitations des « prospecteurs d’avantages sociaux » et des demandeurs d’asile. Nicolas Sarkozy souhaite en effet qu’à terme l’immigration de travail « représente 50 % du flux total des entrées à fin d’installation durable en France ». [3] Or, un pareil rééquilibrage passe par deux démarches complémentaires. La première, positive ou incitative, consisterait à relancer l’immigration professionnelle, sous réserve de privilégier la venue des étrangers les mieux à même de s’insérer heureusement

dans la société française. Quant à la seconde, dont la visée est à la fois restrictive et dissuasive, elle implique non seulement d’accentuer une fois encore la lutte contre l’immigration dite irrégulière ou clandestine, mais aussi de soumettre l’immigration familiale à des procédures plus rigoureuses — même si le président de la République ne manque pas de rappeler que la France « doit évidemment respecter le droit de chacun de vivre avec sa famille ».

Notes

[1] Lettre de mission de M. Nicolas Sarkozy, président de la République, adressée à M. Brice Hortefeux, ministre de l’Immigration, de l’Intégration, de l’Identité nationale et du Codéveloppement]. Ces lettres n’ont aucune valeur juridique et ne sont donc pas l’objet d’une publication officielle.

[2] En juin 2008, ce ministère régalien employait 609 agents et disposait de 632 millions d’euros de crédits de paiement.

[3] Par comparaison, en 2006, l’immigration de travail comptait seulement pour 7 % des titres de séjour délivrés.

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