Nathalie Perrin, maire réfractaire

Nathalie Perrin-Gilbert a trente-sept ans, elle est maire PS du premier arrondissement de Lyon. En 2005, la directrice d’une école maternelle l’informe de la situation de la mère d’une de ses élèves : originaire de la République démocratique du Congo, cette femme est venue se réfugier en France cinq ans auparavant, après avoir été emprisonnée et violée dans son pays. Le statut de réfugiée lui ayant été refusé par l’Ofpra, elle vit à Lyon sans papiers. En outre, elle présente d’importants risques suicidaires et est sur le point de se retrouver à la rue. Nathalie Perrin rencontre la dame et lui vient en aide. Elle est rapidement auscultée par un médecin de la DDASS et hospitalisée dans une clinique post-traumatique. L’élue recueille alors la petite fille chez elle et héberge sa maman lors de ses visites.

Par la suite, Nathalie Perrin et son équipe municipale ont prodigué de différentes manières de l’assistance aux sans-papiers. Elles ont notamment accueilli une famille de cinq enfants, pendant trois semaines dans la mairie, et sont également venues en aide à la famille Kaja [1] : d’abord en payant à ses membres quelques nuits d’hôtels, afin de les sortir des locaux du Samu social, peu adapté à des enfants en bas âge, ensuite en les hébergeant dans une salle des fêtes municipale, le temps que leur situation s’améliore.

Initialement conçues par elle comme une démarche humanitaire, les actions de Nathalie Perrin s’inscrivent désormais dans un engagement politique. « Ce qui m’a posé question c’est que [la mère congolaise et sa fille] se soient sorties de cette situation grâce aux parents d’élèves, pas aux institutions », explique la maire [2] ; et c’est en s’intéressant de plus près au travail de l’Ofpra et de la préfecture qu’elle prend conscience de la part d’arbitraire dans le traitement des demandes de titres de séjour : « J’ai réalisé qu’une administration peut à tout moment se mettre au service d’un projet politique ».

Malgré son statut d’élue locale, Nathalie Perrin transgresse donc la loi qui interdit toute aide au séjour irrégulier. Elle regrette d’avoir à choisir entre « respect de la loi et assistance à personnes en danger ».

Notes

[1]Voir Famille Kaja, p. 43.

[2]libéLyon.fr, 11 octobre 2007.

 
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