Quelles ambitions ?

 Économie

réévaluer le pragmatisme

Du côté des arguments économiques, l’antienne selon laquelle « on ne peut pas accueillir toute la misère du monde » n’a certes pas entièrement disparu du discours officiel. Ainsi le Premier ministre, François Fillon, prend-il soin de préciser que « la France n’est pas un Eldorado » [3], tandis que Brice Hortefeux — dont on peut rappeler qu’il se présente comme le ministre des immigrés en situation régulière — s’inquiète plutôt des cruelles désillusions auxquelles s’exposent les étrangers qui espèrent s’installer en France alors que telle n’est pas leur « vocation ».

Parce que le coût imputé à l’immigration se décline de deux manières — à la fois ponction des finances publiques et impact négatif sur les salaires —, un gouvernement désireux de justifier la fermeté dont il fait preuve ne peut guère se dispenser de l’invoquer : sa mise en avant présente en effet l’avantage de fédérer des publics aussi hétérogènes que les critiques de l’État dépensier, les défenseurs d’un modèle social menacé par ceux qui abusent de sa générosité et les salariés préoccupés par les effets néfastes de la concurrence étrangère sur leur employabilité.

Toutefois, dans sa formulation traditionnelle, l’insistance un peu contrite sur l’impossibilité d’être aussi hospitalier qu’on souhaiterait l’être ne s’accorde pas bien avec le type de rupture que Nicolas Sarkozy entend introduire. Elle accrédite en effet l’impuissance du politique dont la récusation est la mission principale que se donne le président de la République et elle témoigne assez mal, en outre, du dynamisme économique qu’entend impulser celui qui, au moins jusqu’à une date récente, se flattait d’être surnommé Sarkozy « l’Américain ».

Dès lors, pour éviter de donner l’impression fâcheuse que la politique d’immigration de la France s’apparente à une inhospitalité subie, mais sans pour autant renoncer ni au rationnement de l’immigration familiale ni à la lutte contre l’immigration irrégulière, deux aménagements vont être opérés, tout au moins au niveau du discours présidentiel.

D’une part, l’ajout de l’adverbe « dignement » à la célèbre phrase de Michel Rocard ou du moins à la formule qui en constitue la première partie, « On ne peut pas accueillir toute la misère du monde », va permettre, sinon d’ériger le sens de l’hospitalité en motif du contrôle des frontières, du moins de signifier que l’accueil est une responsabilité qu’un pays soucieux de ses valeurs ne peut traiter à la légère. Diversement déclinée, la formule devient donc : « On ne peut pas accueillir “dignement” toute la misère du monde. » [4]

D’autre part, l’indexation proclamée de l’accueil « d’un certain nombre d’étrangers »sur les besoins des entreprises et des régions françaises — autrement dit, la relance sélective de l’immigration de main d’oeuvre — a pour objet de montrer qu’entre le repli sur soi et l’irresponsabilité il existe un dynamisme raisonné, synthèse d’enthousiasme et de prudence, qui allie la fidélité aux principes universels à la légitime poursuite de l’intérêt national.

Notes

[3]Discours du Premier ministre à l’occasion de la Journée parlementaire de l’UMP, 28 septembre 2007.

[4]« [La gauche] ne veut pas voir l’impossibilité d’accueillir dignement toute la misère du monde. » Meeting à Toulouse, le 11 avril 2007, dans le cadre de la campagne pour l’élection présidentielle.

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