Quelles ambitions ?

 Démographie

dessiner les contours de l’avenir

Du côté des arguments démographiques, la peur déjà fomentée par Valéry Giscard d’Estaing en septembre 1991 — l’ancien Président écrivait alors que « le type de problème auquel nous aurons à faire face se déplace de celui de l’immigration vers celui de l’invasion » [5] — continue d’être abondamment agitée. Ainsi, lorsqu’il est interrogé, en avril 2008, sur le bien- fondé de l’action menée en son nom par Brice Hortefeux, Nicolas Sarkozy conclut sa réponse en citant trois chiffres : « Il y a 475 millions de jeunes Africains qui ont moins de dix-sept ans. La France est à quatorze kilomètres de l’Afrique, par le détroit de Gibraltar. » [6] À ses yeux, le rapport causal entre relâchement du contrôle des frontières et afflux massif de nouveaux migrants ne réclame pas davantage d’explications, puisque, comme il le soulignait quelques mois plus tôt, l’Afrique est un continent où « […]des centaines de millions de gens ne peuvent plus manger à leur faim » [7].

Non moins endurant que l’invocation du coût des étrangers, le spectre du « choc migratoire » et de son impact sur la population française occupe donc une place de choix dans l’arsenal argumentatif auquel recourt le chef de l’État. Pour autant, celui-ci se veut attentif à conjurer le double soupçon de racisme et de malthusianisme qui menace toujours de s’attacher à la convocation de la démographie dans la justification du contrôle des frontières.

D’une part, il lui importe que l’agitation d’un « péril africain », voire d’une transhumance massive des peuples du Sud, n’apparaisse pas comme une défense d’une France « blanche » : éviter une telle interprétation est même d’autant plus crucial que Nicolas Sarkozy veut imposer la promotion de la « diversité » comme un autre trait distinctif de sa politique de rupture.

D’autre part, il n’est pas moins essentiel que les considérations sur le nombre des jeunes Africains et l’étroitesse du détroit de Gibraltar ne donnent pas l’impression que la politique gouvernementale se satisfait, ou même s’accommode, du dépeuplement progressif des pays européens. Car, en ce qui le concerne, le président de la République est persuadé qu’il existe un cercle vertueux entre la croissance économique et le dynamisme démographique d’une nation. Or, pour lutter contre l’« hiver démographique » auquel est exposé l’Europe, il n’hésite pas à affirmer que l’immigration a un rôle irremplaçable à jouer, même si le taux de natalité est plus élevé en France que chez la plupart de ses voisins.

Dès lors, tant l’éloge d’une société visiblement diverse que la hantise d’une nation vieillissante engagent Nicolas Sarkozy à distinguer l’inquiétude démographique qu’il distille d’un souci de protéger l’homogénéité raciale ou ethnique du peuple français. Fils d’immigré pour qui la France a toujours été un pays de « sang-mêlé », il se propose seulement d’assurer une modulation harmonieuse et maîtrisée de l’inévitable métissage de son pays.

Notes

[5]Le Figaro Magazine, 21 septembre 1991.

[6]Intervention télévisée du 21 avril 2008 et, à quelques variantes près, même citation lors de sa conférence de presse au palais de l’Élysée le 8 janvier 2008, lors de son discours à la Convention sur l’Europe du 30 janvier 2008 et lors de son discours au Major Economies Meeting le 18 avril 2008.

[7]Discours au Major Economies Meeting, 18 avril 2008.

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