Quelles ambitions ?

 Identité nationale

jeter les bases affectives de l’intégration

Non moins que le souci de la paix sociale, celui de l’intégrité culturelle de la France occupe une place importante dans l’ensemble des critères auxquels Nicolas Sarkozy rapporte la construction de sa politique d’immigration. Or, là encore, il s’agit d’une thématique traditionnellement convoquée par les défenseurs d’une hospitalité restreinte. Outre le Front national, qui n’a eu de cesse de s’élever contre le brassage des civilisations, les préventions à l’endroit de la coexistence intercommunautaire se sont retrouvées dans les célèbres propos [8] de Jacques Chirac sur la compréhensible intolérance des Français à certains « bruits » et à certaines « odeurs » dont les cultures des populations allogènes seraient souvent porteuses.

Toutefois, l’intégrité culturelle, ou plus exactement l’identité nationale que Nicolas Sarkozy souhaite mettre en avant, concerne moins un univers sensoriel plus ou moins compatible avec les coutumes d’autrui que des valeurs qui ont pour traits distinctifs d’être universelles tout en demeurant spécifiques à la France et d’être modernes tout en procédant d’une histoire plus que millénaire. Ainsi en irait-il notamment de la laïcité ou de l’égalité des sexes à la française : synthèse de la tradition chrétienne et de l’esprit des Lumières pour l’une, croisement des idéaux révolutionnaires et de la courtoisie aristocratique pour l’autre, leur universalité ne cesserait de manifester un génie singulier, et leur modernité de rendre hommage à leurs racines.

Ce double paradoxe, que le président de la République revendique hautement, lui permet de proposer une seconde articulation du rapport entre immigration et intégration. Parce qu’aux yeux de Nicolas Sarkozy la France n’est ni une race ni une ethnie mais bien une « idée » universelle et actuelle de surcroît, il ne peut être question d’en refuser l’accès à tout le monde, ni de contester qu’elle a vocation à évoluer grâce aux apports de celles et de ceux qui l’épousent. Cependant, il n’est pas moins impératif que les Français, par l’entremise de leurs représentants, prennent la peine d’abord d’informer leurs hôtes de ce que cette idée exprime, qu’ils les engagent en retour à faire les efforts nécessaires pour la comprendre et qu’ils conditionnent enfin leur accueil au respect et à la sympathie qu’elle suscite.

En présentant l’identité nationale de cette manière, le chef de l’État compte bien s’attacher les suffrages d’un électorat attaché à son exaltation, sans pour autant céder les attributs de la république et du modernisme à ses adversaires — puisque s’identifier à la France telle qu’il la conçoit consiste à se reconnaître dans les valeurs les plus universelles et les plus progressistes qui soient. Mais en outre, il entend refonder le sens et les modalités de l’intégration des étrangers en leur donnant des bases affectives.

Selon lui, en effet, lever le « tabou » de l’identité nationale revient non seulement à demander aux Français de se présenter à leurs hôtes mais aussi à faire en sorte que, réapprenant à proclamer et à aimer ce qu’ils sont, ils instituent le partage de leur amabilité en condition de leur hospitalité. Autrement dit, afficher fièrement ses valeurs serait à la fois le meilleur moyen de donner aux autres l’envie d’y adhérer et la façon la plus honnête et la plus claire de signifier qu’en dehors de cette adhésion il n’y a pas d’insertion possible. De là le privilège que Nicolas Sarkozy accorde à certaines valeurs, telles que l’égalité des sexes, dont la soudaine promotion au rang d’emblème de l’identité française s’avère particulièrement propice au filtrage des candidats au séjour et au contrôle continu des étrangers déjà installés.

Notes

[8]Discours d’Orléans, 19 juin 1991.

Article précédent
Aucun article disponible
Article suivant
Sommaire de l'article
Économie [page 2]
Démographie [page 3]
Sécurité [page 4]
Identité nationale [page 5]
Droit [page 6]
Partenariats internationaux [page 7]
 
Contact
Nous contacter
Lettre d'informations
recevez par mail l'actualité de Cette France-là. S'inscrire.