Quelles ambitions ?

 Partenariats internationaux

unifier l’Europe et mutualiser le développement

Créé entre 1985 et 1990, et consolidé par le traité d’Amsterdam de 1999, l’espace Schengen a pour double vocation d’assurer la libre circulation des ressortissants européens dans l’ensemble des États membres de l’Union européenne (UE) et d’homogénéiser les conditions d’accueil en son sein pour les ressortissants des pays tiers. Par ailleurs, c’est au sommet européen de Séville, en 2002, qu’apparaissent les premières clauses de « gestion des migrations » dans les accords de coopération et de développement entre l’Europe et les pays d’émigration.

Force est donc de constater que les soucis d’unifier les politiques européennes d’immigration et d’articuler la question migratoire à celle de l’aide au développement précèdent assez largement l’élection de Nicolas Sarkozy à la présidence de la République. Pour autant, ces deux préoccupations n’échappent pas non plus aux prétentions novatrices du chef de l’État français.

Du côté des pratiques gouvernementales et des législations européennes, la France n’a pas attendu d’occuper la présidence tournante de l’Union, au second semestre 2008, pour presser ses partenaires d’étendre le processus d’harmonisation au-delà des seules questions de surveillance de l’espace Schengen. Tout en entérinant la double propension de l’UE à faciliter les mouvements des communautaires et à renforcer le filtrage des non-communautaires, Nicolas Sarkozy et son ministre Brice Hortefeux ont en effet oeuvré à convaincre leurs partenaires d’adopter une approche commune du droit au séjour — approche fondée sur le renoncement aux régularisations massives, l’augmentation du nombre d’éloignements effectifs de migrants irréguliers et la relance sélective de l’immigration de main d’oeuvre —, mais aussi de s’accorder sur les conditions d’octroi de l’asile et même sur les modalités de l’intégration des étrangers — avec notamment la généralisation des contrats qui engagent les migrants à apprendre la langue, à s’enquérir de la culture et à respecter les valeurs de leur pays d’accueil.

Au-delà des mesures concrètes visant à aligner l’Europe sur la France, Nicolas Sarkozy se flatte surtout d’insuffler l’esprit qui convient à une politique d’immigration commune aux pays européens. Renvoyant dos à dos les calculs d’un utilitarisme à trop courte vue — qu’il tient pour responsable des régularisations massives en Italie et en Espagne — et les fantasmes d’une mentalité obsidionale — dont il prétend laisser le monopole à l’extrême droite —, il se donne pour mission de promouvoir l’immigration choisie — et choisie en fonction de critères à la fois économiques, démographiques, sécuritaires, culturels et juridiques — au niveau de l’Union européenne.

Enfin, du côté de l’articulation entre les problèmes relatifs à l’immigration et au développement, les autorités françaises mettent en avant un principe de réciprocité qu’elles envisagent comme un facteur d’approfondissement et de rééquilibrage des relations entre les pays d’accueil et les pays d’émigration. Alors que la présence de clauses relatives à la gestion des flux migratoires dans les accords de coopération pourrait apparaître comme une forme de chantage — les pays développés conditionnant leur aide économique à l’engagement des pays en développement de lutter contre l’émigration de leurs ressortissants —, les autorités françaises soutiennent qu’elle a, au contraire, pour effet de mutualiser les relations entre le Nord et le Sud et, par conséquent, de substituer une relation d’échange au lien de dépendance qui attachait jusqu’ici le second au premier.

Parce qu’ils estiment que la maîtrise des flux migratoires importe autant aux gouvernements occidentaux que le développement économique à leurs homologues africains et asiatiques, Nicolas Sarkozy et son ministre de l’Immigration entendent faire de celle-ci un instrument de solidarité entre les uns et les autres. Éviter le pillage des cerveaux tout en aidant les élites des nations en développement à se former et les entreprises des nations développées à obtenir la main d’oeuvre dont elles ont besoin, prendre la mesure de la relation d’interdépendance entre l’optimisation des capacités d’accueil d’un pays comme la France et son aptitude à contribuer à l’essor économique de ses partenaires du Sud, tels sont donc les axes d’une politique dite de « développement solidaire » qui se veut fondée sur la communauté des intérêts et la réciprocité des engagements.

D’une manière générale, le chef de l’État français attache trois grandes qualités à la rupture qu’il affirme opérer en matière d’immigration. La première est la lucidité qu’il prête à ses analyses, lesquelles le conduisent, par contraste, à juger également irresponsables « l’idéologie de l’immigration zéro [… et…] la vision inverse, celle de l’ouverture globale des frontières, du « droit aux papiers pour tous » » [9]. La deuxième est la sollicitude véritable, par opposition à une générosité factice parce qu’irréaliste, qu’il prétend témoigner à la fois aux victimes des exploiteurs de l’immigration clandestine — en les dissuadant de s’exposer aux trafics qui les ciblent —, aux migrants légaux « qui se donnent la peine d’avoir des papiers » — en redoublant de sévérité à l’endroit des étrangers moins scrupuleux — et aux gouvernements des pays d’émigration — en les traitant comme des partenaires égaux et responsables. Enfin, la troisième est la fierté d’être Français qu’il éprouve pour son compte et qu’il veut communiquer à ses compatriotes — parce qu’elle est censée les rendre simultanément plus aimables, plus ouverts et plus vigilants à l’égard de ceux qui souhaitent bénéficier de leur hospitalité.

Notes

[9]« Démographie et politique », Agir, n° 29, janvier 2007.

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Démographie [page 3]
Sécurité [page 4]
Identité nationale [page 5]
Droit [page 6]
Partenariats internationaux [page 7]
 
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