Abdel Hafed Benotman

Abdel Hafed Benotman est auteur de nouvelles et de romans noirs publiés dans la collection Rivages/Noir ; en 2003, il s’est vu décerner, très officiellement, un prix littéraire à l’Hôtel de Ville de Paris. Il est également acteur de cinéma, de télévision et de théâtre, pour lequel il a produit quelques pièces. Militant, il est aussi à l’origine de la création d’un journal et d’une émission de radio sur la prison.

Abdel Hafed Benotman est sans papiers. Pourtant, il est né à Paris et n’a jamais quitté la France. Mais ses parents, nés français musulmans d’Algérie, ont choisi la nationalité algérienne pour toute la famille en 1962, au moment de l’Indépendance. Abdel Hafed a grandi en pensant qu’il était français de droit, sans jamais imaginer que le choix de ses parents puisse avoir pour lui de graves conséquences.

Enfant, il est très bon élève, mais il est aussi révolté, turbulent. Il rencontre de graves problèmes disciplinaires à l’école et, dès l’âge de quinze ans et demi, il est incarcéré pour des petits faits de délinquance. C’est le début d’un engrenage qui va l’amener à « une délinquance de plus en plus suicidaire », comme il le raconte lui-même. Il passe plusieurs années derrière les barreaux. En 1996, suite aux lois Pasqua, et tandis qu’il est incarcéré à Fleury-Mérogis, il est frappé d’un arrêté ministériel d’expulsion. Il a alors trente- six ans.

Il tombe des nues lorsqu’il apprend qu’il devra quitter, dès sa libération, son pays natal - la France - pour un pays où il n’a jamais mis les pieds. Il s’engage alors dans un long combat pour ne pas être expulsé vers l’Algérie. En 1997, le tribunal administratif abroge l’arrêté d’expulsion pris à son encontre, mais le ministère de l’Intérieur fait aussitôt appel de cette décision. Cinq ans plus tard, la cour d’appel administrative reconduit l’arrêté d’expulsion. Après quelques années en clandestinité, sans autorisation de travailler, Abdel Hafed replonge et est de nouveau emprisonné.

En 2003, le ministre de l’Intérieur, Nicolas Sarkozy, réforme la double peine, qui assortit la peine de prison d’une mesure d’éloignement du territoire français pour les ressortissants étrangers. Abdel Hafed remplit toutes les conditions qui devraient lui permettre de bénéficier de cette réforme - notamment celle d’être « rentré » sur le territoire français avant l’âge de treize ans : le 25 mars 2005, alors qu’il est incarcéré à la maison d’arrêt de Fresnes, il obtient une réponse positive à la demande d’abrogation de son arrêté d’expulsion.

En mai 2007, Abdel Hafed sort de prison. Il entreprend aussitôt les démarches administratives nécessaires à l’obtention de ses papiers. Il se soumet également aux convocations du juge d’application des peines et n’est plus en état de récidive, malgré les difficultés liées à sa situation précaire. Pourtant, la préfecture refuse de lui délivrer un titre de séjour et se contente de lui accorder des récépissés valables trois mois lui interdisant tout emploi.

Contradiction entre deux institutions, la Justice et l’Intérieur  : la cour d’assises a jugé Abdel Hafed et l’a soumis à une obligation de travailler afin de rembourser les parties civiles (une agence bancaire), mais la préfecture ne l’autorise pas à travailler. Contradiction, aussi, entre les services de l’administration : alors que le ministère de l’Intérieur l’a rendu inexpulsable, la préfecture refuse de le régulariser et a saisi la commission de titre de séjour.

Abdel Hafed a été repéré pour tourner dans un film de Jacques Audiard. La société de production a adressé à la préfecture un courrier, avec promesse d’embauche, afin de lui demander d’accorder une dérogation à l’interdiction de travailler d’Abdel Hafed. La préfecture a refusé.

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