Abdullah Ertas et Nuray Kurt

Abdullah Ertas arrive en France en 2005. Il est de nationalité turque et appartient à la minorité kurde. Les discriminations dont sont encore victimes les Kurdes de Turquie, et en particulier la manière dont l’armée traite les populations suspectées de sympathie à l’égard des séparatistes du PKK, figurent parmi les prétextes invoqués par les autorités françaises pour s’opposer à l’entrée de la Turquie dans l’Union européenne. La France, chacun le sait, est un pays qui ne transige pas avec les droits de l’homme. Abdullah est donc venu en France pour y trouver refuge, parce qu’il veut échapper à un service militaire de deux ans qui le conduira au Kurdistan.

À peine arrivé, il fait une demande d’asile qui lui sera refusée une première fois en février 2006. Le mois précédent, alors qu’il attend la réponse de l’administration, Abdullah rencontre Nuray Kurt, Française d’origine turque, au mariage d’amis communs. Abdullah et Nuray s’aiment aussitôt et, en juin 2006, s’installent ensemble au domicile de la jeune femme. Nuray a un fils âgé de dix ans, qui n’a jamais connu son père. L’enfant s’attache très vite à Abdullah : « Il l’emmenait à l’école, au parc, au Mc Donald’s, raconte Nuray. Il aimait jouer avec lui au jeu des sept familles, aux jeux de stratégie, au scrabble, au football, il lui faisait faire du vélo… Il était heureux et moi aussi, on était tous les trois heureux. »

Nuray et Abdullah se fiancent en septembre 2007 ; leur mariage est prévu pour le 24 novembre. Ils ont loué une salle, passé une commande chez un traiteur, pour un grand mariage. Parce qu’une partie de sa famille y réside, Nuray se rend en Turquie, notamment pour y acheter sa robe de mariée et le costume d’Abdullah. À son retour, le 14 novembre, Nuray est arrêtée par la police française sur le tarmac de l’aéroport. Emmenée au poste, elle est déshabillée, fouillée et placée en garde à vue. Interrogée sur sa vie intime, Nuray se déclare célibataire pour ne pas mettre en danger Abdullah. Elle ignore qu’il a lui aussi été arrêté, alors qu’il attendait l’avion de sa fiancée. En garde à vue, Abdullah reçoit un arrêté de reconduite à la frontière, décision confirmée par le tribunal administratif. Au cours de l’audience, le représentant du préfet n’hésitera pas à affirmer que Nuray et Abdullah s’apprêtaient à conclure un mariage blanc.

Abdullah a été expulsé le 24 novembre 2007, le jour même où il devait se marier, et depuis lors il se cache, en Turquie, pour éviter la conscription. Quant à Nuray, il ne lui faudra pas seulement expliquer à son fils désemparé pourquoi le gouvernement français a brisé leur famille : jusqu’au 18 mars 2008 — date à laquelle le tribunal prononcera sa relaxe —, elle sera en outre poursuivie pour aide au séjour irrégulier en France, alors même que, selon les textes de loi, une telle poursuite ne peut concerner « la personne qui vit notoirement en situation maritale » avec un étranger sans papiers. Lors de la procédure, un officier de police goguenard lui avait annoncé que pour elle, son enfant et Abdullah, le 24 novembre 2007 serait un jour inoubliable…

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