Alfoussène Gary

Le 18 septembre 2007, Alfoussène Gary arrive par le vol Bamako-Paris à l’aéroport d’Orly. Il est immédiatement arrêté par la PAF et gardé en zone d’attente pour être expulsé dès le lendemain. Alfoussène est arrivé tout seul pour rejoindre sa famille. Il est âgé de neuf ans.

Depuis ses trois ans, il a été élevé par sa grand-mère, en Côte d’Ivoire, mais la vieille dame est désormais trop âgée et malade pour s’occuper de son petit-fils. Bintou et Alassane, les parents d’Alfoussène, essaient donc de faire venir leur fils en France. Le père est arrivé en 1998, la mère en 2001. Ils ont eu trois autres enfants nés et scolarisés en France : Halimatou, six ans, Mahmadou, quatre ans et Fatimatou, un an. Ils ont tous deux une autorisation provisoire de séjour, Alassane travaille en CDI dans une entreprise de nettoyage, mais ils vivent dans une chambre d’hôtel et ne réunissent donc pas les conditions nécessaires au regroupement familial.

La PAF veut renvoyer, dès le lendemain, Alfoussène au Mali, d’où son vol est parti. Mais sa grand-mère vit en Côte d’Ivoire : personne ne serait donc là pour l’accueillir. Élisabeth Gorsse, de RESF, est rapidement mise au courant de la situation. Elle écrit une lettre de signalement d’un enfant en danger au procureur de la République. Alfoussène n’est pas expulsé mais ne sera libéré de la zone d’attente que le soir du jeudi 20 septembre. Il est aussitôt placé en foyer d’accueil. Ni RESF, ni même Bintou et Alassane ne sont prévenus.

Pendant quarante-huit heures, le petit garçon aura été tout seul et n’aura pu avoir aucun contact avec ses parents. Il est complètement perdu, ne mange pas. Le vendredi matin, sa mère peut enfin lui parler au téléphone et le rassurer. Alfoussène va tout de suite mieux. Le samedi, il peut enfin voir ses parents.

Un important soutien se met en place. De nombreux témoignages, notamment de parents d’élèves, attestent que Bintou et Alassane sont de bons parents. Les assistantes sociales de l’Aide sociale à l’enfance (ASE), qui s’occupent d’Alfoussène, voient elles- mêmes que le fils entretient de très bonnes relations avec son père et sa mère. Elles en informent le juge des enfants qui n’attendra pas la date du jugement pour remettre Alfoussène à ses parents.

Le retour du fils aîné dans sa famille est une grande joie pour tout le monde. Notamment pour Mahmadou, son petit frère, qui ne cesse de répéter, ravi : « Je ne suis plus le seul garçon ! ». Très vite, Alfoussène va à l’école, alternant ses cours de CE1 et une classe d’adaptation. Ses copains d’école font tout pour lui faciliter l’intégration, lui expliquant, par exemple, lors de sa première sortie à la piscine, qu’il faut qu’il enlève ses chaussettes avant d’aller dans l’eau… En un mois, Alfoussène a déjà acquis une parfaite maîtrise du français et affirme avec une grande conviction que « chez lui, c’est ici ».

En octobre et novembre 2007, Bintou et Alassane, avec de nombreux autres mal-logés, ont occupé la rue de la Banque, à Paris : ils sont désormais inscrits sur une liste pour accéder à un vrai logement. Et surtout, le 23 octobre, ils ont eu l’immense bonheur d’apprendre leur régularisation.

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