Ali Syed Zaidi

Originaire de Lahore, au Pakistan, Ali Syed Zaidi appartient à la minorité chi’ite. Il est un jeune policier lorsque la chute des Talibans, en Afghanistan, incite leurs émules pakistanais à multiplier les attaques contre la communauté chi’ite. Quand son père, lui aussi policier, reçoit des menaces de mort, Ali Syed Zaidi démissionne et décide de quitter le pays. Il gagne la France, via la Roumanie, en septembre 2002.

Ali arrive à Lyon et tombe presque aussitôt malade. Il se rend à l’hôpital, où les examens révèlent qu’il est atteint d’une rare et très grave maladie du sang, l’aplasie médullaire idiopathique. Sans une greffe de moelle osseuse et un suivi médical régulier, tout au long de la vie du patient, il s’agit d’une affection mortelle. Opéré, Ali Syed Zaidi est hospitalisé pendant trois mois et en passe plusieurs autres en maison de repos.

Comme l’attestent à la fois l’association Médecins du Monde, les hématologues français qui se sont occupés d’Ali et leurs collègues pakistanais contactés après l’opération, l’aplasie médullaire idiopathique ne peut être soignée au Pakistan. Les hôpitaux n’y disposent pas de la technologie nécessaire pour faire face au traitement que requiert une possible reprise de la maladie. La préfecture prend acte de la situation et, en 2003, délivre à Ali Syed Zaidi un titre de séjour d’un an qui sera régulièrement renouvelé.

Toutefois, en avril 2007, Ali voit sa demande de renouvellement rejetée au prétexte que sa maladie est désormais en rémission. Sans doute s’est-il rétabli. Bien plus, une fois remis sur pied, il a trouvé du travail : l’entreprise Mas-Étanchéité l’a engagé et l’apprécie au point de lui offrir un CDI d’étancheur qualifié en avril 2006. Il reste que rémission ne signifie pas guérison : les médecins d’Ali Syed Zaidi soulignent en effet que « la poursuite d’un suivi trimestriel reste malheureusement nécessaire. »

Or, tout en reconnaissant que l’état de santé d’Ali exige « une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner des conséquences d’une exceptionnelle gravité », le médecin de santé publique, sur lequel la préfecture appuie sa décision, affirme — sans étayer ses propos et contrairement aux certificats médicaux émanant du Pakistan — que les hôpitaux pakistanais sont en mesure de procurer le traitement requis si la maladie se déclare à nouveau. C’est également cette « expertise » qui fondera le jugement du tribunal administratif de Lyon : en juillet 2007, celui-ci confirme le refus de séjour et ouvre la voie à l’expulsion d’Ali.

Alors même que la cour administrative d’appel vient de prononcer la mise en délibéré de l’appel de ce jugement et alors que, conformément à la circulaire du 7 janvier 2008 censée relancer l’immigration de travail, Mas-Étanchéité s’apprête à demander la régularisation d’Ali Syed Zaidi, celui-ci est arrêté à son domicile le 11 janvier 2008 et placé au centre de rétention de Saint-Exupéry. Il y passera vingt jours, avant d’être amené à Roissy en avion privé. Ali est alors expulsé vers Islamabad, sur un avion de Gulf Airlines, entouré par deux policiers français.

De Lahore, où il est retourné — il vit actuellement chez son frère —, Ali Syed Zaidi évoque son appartement lyonnais et toutes ses affaires, qu’il a dû y laisser : vêtements, objets personnels, livres, DvD. Il parle de ses amis français (pas moins de 25 d’entre eux ont écrit en sa faveur au tribunal) et de son club de cricket — à Lyon ! — où, en tant que capitaine de l’équipe, il a fait l’objet d’un reportage télévisé. De sa vie en somme, chèrement et dignement regagnée, d’abord sur la violence des fanatiques puis sur la maladie. Avant qu’un médecin, un préfet, un juge et des policiers français n’en décident autrement.

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