Amélie Bekay et Mikaël

Le 11 février 2008, à 8 heures du matin, trois policiers en civil sonnent chez Amélie Bekay, trente-sept ans, pour lui demander de les suivre, elle et son bébé, Mikaël, au poste. Elle a tout juste le temps de réveiller celui-ci, de prendre quelques couches, et elle se retrouve avec son enfant âgé de quinze mois en garde à vue au commissariat de Tours.

Amélie Bekay est congolaise et réside en France depuis mars 2001. À son arrivée, elle a fait une demande d’asile qui n’a pas abouti. Depuis trois ans, elle vit avec son compagnon, Michel Auku, et ils doivent se marier prochainement. Lui est en situation régulière depuis dix-huit ans et travaille comme chauffeur routier.

Ce matin-là, Michel est déjà sur les routes quand sa compagne l’appelle pour l’informer de son arrestation. Il contacte tout de suite un avocat qui se montre optimiste sur la libération immédiate d’Amélie et de Mikaël, vu l’âge du bébé et leur situation familiale stable. Mais à 17 heures, Amélie appelle Michel pour lui apprendre qu’elle a été transférée avec Mikaël au CRA de Rennes. Elle n’a plus de couches ni de quoi nourrir son bébé. Son compagnon fait le premier d’une longue série de trajets entre Tours et Rennes pour les voir et leur apporter le nécessaire.

Quelques jours plus tard, le juge des libertés et de la détention estime qu’il n’y a pas de raisons valables pour garder Amélie et son enfant en rétention administrative. Cependant, le procureur fait appel de cette décision et la rétention est prolongée pour la mère et son bébé. Au tribunal, Michel fait la connaissance des associations rennaises de soutien aux sans-papiers, qui sont évidemment choquées d’apprendre la présence du bébé dans le centre de rétention. Ensemble, ils choisissent d’alerter la presse et, le soir même, France 3 rend compte de leur situation.

Il reste que la machine administrative est lancée et l’éloignement d’Amélie et de son enfant est programmé pour la nuit du 27 au 28 février. Ce soir là, Michel découvre, sur le parking du CRA, un comité de soutien inattendu : quelques militants associatifs, plusieurs élus locaux des villages voisins et même le député de la circonscription, Marcel Rogemont (PS). La presse est également présente.

Vers 2h45 du matin, à quinze minutes du départ pour Roissy, Michel obtient l’autorisation de voir son fils et sa femme. Après quinze jours en rétention, le petit Mikaël est amaigri, semble apeuré et ne réagit pas comme d’habitude. « Dans le centre, il y a du monde partout, des gens qui crient. Ce n’est pas adapté pour un bébé. Même les policiers et les détenus sur place le disaient », explique Amélie.

Un bras de fer s’engage alors entre le préfet et les élus, qui mettent leur voiture en travers de la route pour signifier qu’ils ne laisseront passer personne. La police les verbalise et les coups de téléphone continuent. Les associations et les élus conseillent à Michel de rédiger une lettre signifiant qu’il s’oppose à ce que son fils quitte le territoire. Sachant que Mikaël ne pourra pas être expulsé et ne voulant pas être séparée de lui, Amélie refuse d’embarquer.

Le préfet doit annuler le départ, une décision qui soulage jusqu’au commandant de gendarmerie du centre de rétention. Celui-ci confie en effet à Michel : « Vous avez pris la bonne décision avec le refus d’embarquer de votre femme, et honnêtement cela nous arrange tous. » Comme le veut la loi, Amélie Bekay est placée en garde à vue pour « refus d’extraction de cellule », un acte passible de prison, avant d’être libérée sous contrôle judicaire, avec Mikaël, dans la journée.

C’est le 17 avril qu’Amélie apprend qu’elle ne sera finalement pas poursuivie pour son refus d’embarquer. Depuis, la préfecture lui délivre des récépissés de demande de titre de séjour. Et le couple attend son deuxième enfant.

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