Anis Miladi

Le 21 avril 2008, Anis, un jeune homme âgé de vingt et un ans d’origine tunisienne, rend visite à sa soeur à Villejuif, dans le Val-de-Marne. En entrant dans l’immeuble, il détecte une odeur de brûlé. Il frappe alors à toutes les portes, de tous les étages, pour que les habitants évacuent les lieux. Arrivé au huitième étage, il repère l’appartement d’où la fumée s’échappe. Immédiatement il prévient le concierge et les pompiers. Les secours arrivent et trouvent dans l’appartement une vieille dame de quatre-vingt-seize ans, handicapée, qui s’était endormie en laissant une casserole sur le feu. Quelques minutes plus tard, elle serait morte asphyxiée. Grâce à Anis, cette dame a pu être sauvée et ses voisins ont échappé à l’incendie de leur immeuble. Ils apprendront par la suite que leur « sauveur » est en situation irrégulière.

Céline, une habitante de l’immeuble, prend donc l’initiative d’écrire à la préfecture de l’Essonne, où vit Anis, pour leur faire part de « l’acte de citoyenneté » qu’il a accompli. « C’est un garçon gentil comme tout. Il a le coeur sur la main. Il n’y en a pas beaucoup comme lui » [1], estime Céline. Elle pense que signaler son courage à l’administration permettra à Anis d’être régularisé. Début mai, la préfecture réagit effectivement, elle envoie un courrier au jeune homme : il a un mois pour quitter le territoire français.

Anis vivait dans le sud de la Tunisie avec ses parents et ses frères et soeurs. Son père, maçon, parvenait difficilement à faire vivre toute la famille. Lors d’une visite à son oncle, en France, en 2004, Anis lui parle de son souhait de devenir plombier. Son oncle lui propose alors de le garder chez lui afin qu’il puisse suivre une formation en France et s’assurer un avenir. Le jeune homme s’inscrit en CAP plomberie. Diplôme qu’il obtiendra avec une excellente moyenne en juin 2007. Il passe ensuite en bac pro. Pendant quatre ans, le jeune homme évite de sortir de son appartement, renonce aux promenades, aux sorties avec les copains, emprunte systématiquement le trajet le moins risqué pour aller jusqu’au lycée. Il n’a jamais l’esprit tranquille.

Le 21 avril 2007, Anis fait partie des 300 sans-papiers qui ont investi l’église Saint-Paul de Massy (Essonne) pour obtenir leur régularisation. L’occupation durera plus de cinq mois. C’est le 5 octobre 2007 qu’ils sont évacués après un déploiement de CRS. Mgr Michel Dubost, évêque d’Évry, a en effet déposé un référé au tribunal pour que l’ordre soit donné de libérer l’église. La demande de titre de séjour formulée par Anis à l’époque est rejetée par la préfecture.

L’obligation de quitter le territoire qu’il a reçue après avoir sauvé la vie d’une vieille dame suscite l’incompréhension. RESF, les professeurs de son lycée, les élèves et des habitants de l’immeuble de villejuif se mobilisent. L’histoire d’Anis est médiatisée. L’attitude de la préfecture change. Le 16 mai 2008, elle décide d’examiner « favorablement » le dossier du jeune homme et de « prendre en compte son acte de bravoure ».

Anis reçoit alors un titre de séjour d’un an au titre de l’admission exceptionnelle au séjour. Se sentant « comme un oiseau qui sort de sa cage », il a pu participer au séjour en Écosse organisé par son lycée, s’inscrire dans un club de foot et revoir ses parents restés en Tunisie et dont il était séparé depuis quatre ans.

Quand Nicolas Sarkozy définissait le principe de l’admission exceptionnelle au séjour, en mai 2006, il demandait aux préfets d’apprécier « la chance que certains étrangers constituent pour notre pays ». Il donnait même un exemple : « Nous pourrions ainsi régulariser le jeune étranger qui, il y a quelques années, a sauvé une famille entière de la noyade. » Un exemple bien proche de l’acte de courage d’Anis. Il a pourtant fallu à la préfecture de l’Essonne quinze jours et une large médiatisation pour reconnaître « la chance » qu’Anis pouvait représenter pour la France.

Notes

[1] Le Parisien, 25 mai 2008.

Récit précédent
Récit suivant
 
Contact
Nous contacter
Lettre d'informations
recevez par mail l'actualité de Cette France-là. S'inscrire.