Aurélie et Antée K.

Antée est né au Gabon en 1986. Rapidement, ses parents s’inquiètent de l’évolution de leur petit garçon : « Il ne parlait pas », raconte Aurélie, sa mère. « Mon ex-mari et moi l’avons amené chez plusieurs médecins à Libreville, qui nous ont tous dit que notre enfant était normal. En 1989, nous sommes partis en France pour le faire examiner. Ici, les médecins nous ont appris qu’il était malentendant et, qu’avec ses problèmes de surdité, il fallait impérativement qu’il soit suivi par une structure adaptée. »

Le couple constate bientôt qu’une telle structure pour enfants malentendants n’existe pas au Gabon. En 1991, par le biais d’amis, ils trouvent une institution spécialisée en Belgique et une famille belge qui accueille Antée, alors âgé de cinq ans. « Les frais de l’institut étaient élevés, et nous ne pouvions pas quitter nos emplois pour partir en Belgique », raconte Aurélie. « C’était douloureux de devoir vivre séparés d’Antée, mais nous n’avions pas le choix si nous voulions qu’il puisse s’en sortir avec son handicap. Heureusement, mon ex-mari travaillait pour une compagnie aérienne qui lui permettait d’avoir des billets d’avion à bas prix, et nous voyions notre fils pendant toutes ses vacances. »

Alors qu’Antée a quatorze ans, le couple qui l’héberge en Belgique divorce. Aurélie ne trouve aucun internat adapté à la condition des jeunes malentendants, de sorte qu’Antée retourne vivre auprès d’elle au Gabon. Entre-temps, les parents du jeune garçon ont également divorcé. Aurélie et la petite soeur d’Antée, âgée de onze ans à l’époque, vivent désormais avec le nouveau mari d’Aurélie, qui est de nationalité française. Le couple a eu une petite fille en 1998. Aurélie et son mari font appel à des instituteurs privés qui dispensent des cours à domicile à Antée. « C’était impossible de trouver des professionnels qui savaient prendre en compte son handicap », raconte Aurélie. « J’avais l’impression qu’il régressait. » En 2003, des examens réalisés par des spécialistes à Paris confirment les craintes d’Aurélie : « L’un d’entre eux m’a même dit : “Si vous voulez le bonheur de votre fils, il faut qu’il reste en France”. »

Aurélie et son second mari, devenu le tuteur d’Antée, décident alors de s’installer en France. « J’ai tout quitté au Gabon. J’avais deux magasins de prêt-à-porter à Libreville, et, en France, j’ai trouvé un CDI en tant que gouvernante dans l’hôtellerie… » Aurélie obtient une carte de résidente de dix ans en tant que mère d’enfant français, puisque sa plus jeune fille est française. En 2003 et 2005, Aurélie et son mari ont deux autres garçons.

Antée réussit son CAP d’électricité en juin 2007, et une entreprise souhaite l’embaucher. À sa majorité, il a obtenu un titre de séjour à la préfecture de police de Paris, mais, lors du renouvellement de ce titre, le 5 avril 2008, le jeune homme, qui est maintenant âgé de vingt et un ans, essuie un refus. Le médecin de la préfecture considère qu’il peut être suivi par des structures adaptées au Gabon. « Nous sommes bien placés pour savoir qu’au Gabon ça n’existe pas. Sinon, nous n’aurions pas déménagé en France », s’indigne Aurélie. « Mon fils a une place en foyer de jeunes majeurs handicapés jusqu’en 2016. Sa carte d’invalidité est valable jusqu’en 2011. Quand nous avons présenté sa promesse d’embauche à l’agent de la préfecture, elle nous a dit : “Oh, ils s’en foutent de ça, ça veut pas dire qu’il va pouvoir rester en France”. »

Le 30 avril 2008, Antée reçoit une obligation de quitter le territoire. La famille a déposé un recours au tribunal administratif avec l’aide de la Cimade. « Que va devenir ma famille si mon fils est expulsé ? », s’inquiète Aurélie. « Ses trois plus jeunes frères et soeurs, âgés de trois, cinq et dix ans, sont français, et ma fille aînée a fait sa vie ici. Comment Antée ferait-il seul au Gabon ? Et comment pourrais-je quitter mes autres enfants en bas âge pour le suivre là-bas ? »

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