Baba Traoré

Le corps de Baba Traoré a été rapatrié au Mali dans la nuit du 17 au 18 avril 2008. Il a été enterré à Kati, une banlieue de Bamako, près du domicile de ses parents. Il les avait quittés quatre ans plus tôt pour rejoindre sa soeur aînée en France. C’est le ministère de la Santé français qui avait pris en charge les demandes de visas et les frais de transport. Sa soeur souffrait d’insuffisance rénale, elle avait besoin d’un rein. Il lui a donné le sien.

Après l’opération, Baba était resté en France. Il logeait chez sa soeur, vivait de petits travaux et allait s’entraîner avec le club de foot de Rosny-sous-Bois, où il passait la plus grande partie de son temps libre. Baba bénéficiait d’un titre de séjour provisoire pour raison médicale et devait se rendre régulièrement à l’hôpital Necker pour un suivi post-opératoire.

En 2007, sa demande de renouvellement de titre de séjour avait été refusée par la préfecture de Seine-Saint-Denis, qui considérait que, trois ans après l’opération, sa présence sur le territoire ne se justifiait plus. On lui avait toutefois accordé un délai jusqu’au 8 janvier 2008. Selon la préfecture, Baba Traoré n’aurait pas déposé de recours, mais n’était ni sous le coup d’un arrêté de reconduite à la frontière ni sous celui d’une obligation de quitter le territoire.

C’est pourtant la peur d’une expulsion qui aurait poussé ce jeune Malien de vingt-neuf ans à se jeter dans la Marne, le 4 avril 2008, alors qu’il était poursuivi par la police. Selon la version officielle, Baba Traoré a pris la fuite alors que les agents vérifiaient son identité lors d’un contrôle à la station RER de Joinville-le-Pont. Il se serait jeté d’une passerelle, quelques centaines de mètres plus loin. Les conclusions de l’autopsie font état d’une mort par arrêt cardiaque provoqué par le choc du contact avec une eau à 6°C.

Pourtant, la famille de Baba ne s’explique pas les raisons qui l’auraient poussé à se jeter à l’eau. Sa soeur, Maïmouna, reste perplexe : « Les faits ne coïncident pas, ils sont dénués de logique. Baba n’était pas intimidé par les contrôles de police. Il disait même souvent qu’il ne serait pas dérangé s’il devait quitter la France. Et surtout, il ne savait pas nager. » L’inspection générale des services de la police a été chargée d’une enquête, mais sans en attendre les résultats, le porte- parole du gouvernement, Luc Chatel, avait rapidement tiré ses propres conclusions. « Il s’agit d’une chute malencontreuse », a-t-il expliqué à la presse, et d’ajouter, pragmatique : « Quand on est un citoyen en règle, on se conforme aux contrôles de police. »

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