Bouamer Brahiti

Il avait cru en la régularisation au titre de « la vie privée et familiale », c’est par l’expulsion que la préfecture lui a répondu.

Bouamer Brahiti est arrivé en France en 1999, avec sa femme. Il fuyait des années de violences en Algérie, où plusieurs membres de sa famille ont été assassinés. Il devient rapidement aide- cuisinier dans un grand restaurant d’Aix-en-Provence ; deux enfants naissent, Ahmed et Mehdi. À plusieurs reprises, la préfecture des Bouches-du-Rhône refuse ses demandes de régularisation. À l’ultime requête, formulée en 2007, la réponse arrive sous la forme d’une interpellation par deux policiers en civil. Bouamer Brahiti est conduit au centre de rétention (CRA) du Canet, où il passera onze jours.

Une première tentative d’expulsion est organisée le 27 novembre, par bateau, depuis Marseille. Alertés par RESF, les marins CGT de la SNCM (Société nationale maritime Corse Méditerranée) la mettent en échec : ils ne lèveront pas les amarres si M. Brahiti est maintenu dans le bateau. La police le reconduit au centre du Canet. Deux jours plus tard, alors qu’une manifestation s’organise devant l’école Sextius d’Aix-en-Provence, où est scolarisé son fils aîné, Ahmed, âgé de sept ans, les agents de la police aux frontières (PAF) conduisent Bouamer Brahiti à l’aéroport de Marignane. Les nombreuses personnes venues soutenir sa famille à Aix apprennent donc « en direct » que Bouamer Brahiti va être expulsé par avion. Les manifestants se dirigent aussitôt en délégation vers l’hôtel de ville, où ils demandent une audience à la députée-maire UMP, Maryse Joissains- Masini. Elle n’y répondra jamais. « En déposant un dossier de régularisation, cette famille a eu confiance dans la République française, et la République a trahi ses espoirs. […] La place de M. Brahiti n’est pas en prison, sa femme et ses enfants ont besoin de lui. Nous demandons sa libération immédiate et son retour sur le sol français auprès de sa famille », énonce un communiqué lu par une enseignante.

À l’aéroport, les membres de RESF tentent d’empêcher l’expulsion. Deux passagers, Christophe et Mouna, demandent au personnel d’Air France d’expliquer la présence d’un sans-papiers à bord. Le commandant leur répond : « Écoutez, c’est moi qui vais vous parler. Vous êtes sur un vol privé, et la police fait son travail. Ce monsieur consent à retourner dans son pays. Occupez- vous de vos affaires et n’entravez pas la procédure. » Un policier confirme que Bouamer Brahiti « est d’accord. Il fait un aller-retour pour régulariser sa situation ». Ce qui est faux. Certes Bouamer Brahiti ne hurle pas, ne se débat pas. Un autre passager, qui l’engage à réagir, témoigne de son silence et constate que les paumes de ses mains sont tournées vers le ciel. Quelques jours plus tard, Bouamer Brahiti racontera, par téléphone, les coups que les agents de la PAF lui ont donné lors de son départ du CRA du Canet, quand il a exprimé son refus de partir. Les coups n’ont cessé qu’à l’arrivée à l’aéroport. Il a eu peur, il s’est tu. À son arrivée à Alger, seule la police attendait M. Brahiti. Il a été arrêté brièvement par la police algérienne avant d’être relâché. Sa première nuit, il l’a passée dans le hall de l’aéroport.

Aujourd’hui, sa femme ne sait que faire. Également sans papiers, sans revenus, elle doit expliquer à Ahmed et Mehdi l’absence de leur père. Ce dernier ne peut prétendre à une carte de séjour « compétence et talents », alors même que plusieurs propositions de travail l’attendent à Aix.

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