Charline

Charline [1] quitte Haïti pour la Guadeloupe en 2002. Comme beaucoup de Haïtiens, elle se sent en danger dans un climat de violence politique qui ne fait que croître. Peu de temps après son arrivée en Guadeloupe, elle rencontre un compatriote, Nestor, qui vit dans l’île en situation irrégulière depuis plus de vingt ans. Ils vivent ensemble et ont une petite fille à la fin de l’année 2003, que le père reconnaît. L’enfant obtient un « document de circulation » qui lui permet de rester légalement sur le territoire français.

En août 2006, la police aux frontières arrête Charline chez elle avec sa fille, alors âgée de deux ans et demi. La mère et l’enfant sont placées en centre de rétention (CRA), et l’administration s’apprête à les reconduire à la frontière. Alerté par des voisins, Nestor fait appel à un avocat qui parvient à obtenir leur libération.

Charline fait alors l’objet d’un arrêté préfectoral de reconduite à la frontière qui l’enjoint de quitter le territoire français dans les quinze jours et d’en aviser le centre de rétention pour se faire restituer son passeport au moment de son départ. Entre-temps elle est assignée à résidence et doit se présenter quotidiennement à la gendarmerie de la commune où elle habite pour prouver qu’elle n’est pas en fuite.

Pour ne pas quitter son compagnon et sa fille, Charline obéit aux injonctions de l’administration et — à partir d’août 2006 — se rend quotidiennement à la gendarmerie, à pied ou en stop. Le trajet lui prend une matinée entière. En outre, pour justifier de leur résidence commune, elle emmène avec elle sa petite fille. Celle-ci est suivie par un psychologue pour des troubles du langage, une instabilité psychomotrice et des difficultés à nouer des relations hors de son environnement familial.

Ce que le thérapeute ignore, c’est que tous les matins sa patiente accompagne Charline à la gendarmerie, de sorte que, pour la petite fille, le monde extérieur se confond largement avec les gendarmes qu’elle voit tous les matins et qui sont susceptibles de la séparer de sa mère.

Au début du mois de mars 2008, Charline se rend à la permanence juridique du Collectif contre la xénophobie, où elle parle de ses craintes d’être arrêtée et renvoyée en Haïti. Craintes justifiées puisque, le surlendemain, Charline est arrêtée à la gendarmerie et conduite immédiatement au CRA. Sa petite fille est amenée à des voisins. En début d’après-midi, quand le Collectif prend connaissance de son arrestation et contacte le consul d’Haïti pour qu’il demande un jour franc afin de faire intervenir un avocat, Charline est déjà dans l’avion qui la ramène à Port-au-Prince.

Contactés par le Collectif, les gendarmes qui ont procédé à l’arrestation ont précisé que, la semaine précédente, leur supérieur avait reçu l’ordre du préfet Berthier de « remplir les objectifs de mesures d’éloignements ». Eux-mêmes s’avouent ébranlés d’avoir dû procéder le même jour à l’arrestation de plusieurs personnes qui venaient quotidiennement depuis deux ans pour signer un registre de présence. Le Collectif a engagé une demande de regroupement familial pour faire revenir Charline auprès de son compagnon et de leur fille.

Notes

[1]Cette histoire, ainsi que celles de Milande et d’Ophny, a été communiquée par le Collectif contre la xénophobie qui a été créé en Guadeloupe au moment du vote de la loi du 24 juillet 2006. Le Collectif assure trois permanences juridiques par semaine dans deux villes et une section rurale de Guadeloupe.

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