Clébert Codjo

Clébert Codjo

Clébert Codjo a vingt-trois ans. Originaire du Bénin, il est arrivé en France en septembre 2004 avec un visa « étudiant » pour préparer un deug de sciences à la faculté de Montpellier puis une licence d’informatique. Peu après son arrivée, il rencontre Moussouba, de nationalité française. Deux ans plus tard, le couple emménage dans un appartement à Montpellier avec la fille de Moussouba, Leila, qui est âgée de trois ans à l’époque. En septembre 2007, le visa « étudiant » de Clébert expire. Peu au fait des risques qu’il encourt, il tarde à demander le renouvellement de son titre de séjour. En janvier 2008, Moussouba est enceinte. Clébert se rend alors à la préfecture du département pour solliciter un titre de séjour « salarié ». Depuis son arrivée en France, et en parallèle de ses études, le jeune homme a toujours travaillé dans des entreprises de nettoyage industriel. Les fonctionnaires qui le reçoivent se veulent rassurants : ils lui disent que, étant le futur père d’un enfant français, il ne fera certainement pas l’objet d’une mesure d’éloignement. Sur leurs conseils, Clébert signe, en février 2008, une reconnaissance anticipée de son enfant et attend sa naissance pour demander un titre de séjour.

Le samedi 19 avril 2008, il se rend à Nantes pour récupérer un véhicule qu’il vient d’acheter. Le lendemain, sur la route du retour, des gendarmes l’arrêtent, pour un contrôle, près de La Rochelle : ils constatent un problème avec l’assurance du véhicule, mais, en outre, les documents que leur présente Clébert, et notamment la reconnaissance anticipée de son enfant, ne les dissuadent pas de l’emmener à la gendarmerie de Saintes et de l’y placer en garde à vue. Le soir même, vers 19 heures, les gendarmes téléphonent à Moussouba. Ils lui annoncent que Clébert va passer la nuit à la gendarmerie, mais non sans ajouter qu’il sera libéré le lendemain après vérification de l’assurance du véhicule.

Le lundi matin, un gendarme rappelle Moussouba et mène un interrogatoire par téléphone. Il vérifie son identité ainsi que sa nationalité. Il met en confiance la jeune femme en lui expliquant qu’il ne s’agit que d’une formalité. Mais, dans la journée, le préfet de Charente-Maritime notifie un arrêté préfectoral de reconduite à la frontière (APRF) à l’encontre de Clébert. Vers 14 heures, un gendarme informe Moussouba que son compagnon va être conduit au centre de rétention de Cornebarrieu, dans l’enceinte de l’aéroport de Toulouse-Blagnac. À 18 heures, Clébert quitte Saintes pour Toulouse, où il arrive vers minuit.

Le jeune homme demande alors une assignation à résidence afin de rejoindre Moussouba à son domicile et, avec l’aide de la Cimade, dépose un recours contre l’APRF dont il fait l’objet. L’assignation est refusée et l’appel rejeté par le tribunal administratif le jeudi 24 avril. Moussouba, enceinte de cinq mois, se rend à Toulouse, où elle est interrogée par le juge. Elle raconte combien sa vie a été difficile et explique que Clébert est aujourd’hui sa seule famille en France et son seul soutien. En dépit de son profond désarroi, le juge maintient sa décision.

Clébert et Moussouba se verront une dernière fois au centre de rétention le dimanche 27 avril, pendant trente minutes, sous l’oeil de la caméra de surveillance. Le lendemain, Clébert informe par téléphone sa compagne qu’il quittera la France le mercredi suivant. Malgré la mobilisation d’élus et d’associations, comme les Amoureux au ban public, Clébert a été expulsé. De Toulouse, il a pris un avion pour Paris le mercredi 30 avril 2008 à 6_heures du matin. Le jour même, à 15h30, un autre avion l’a renvoyé au Bénin.

Un référé a été déposé devant le Conseil d’État, afin que Clébert puisse venir assister en France à la naissance de l’enfant, prévue le 18 septembre 2008. Mais il a été rejeté. Clébert n’a pas pu assister à l’accouchement. Dès la naissance du bébé, il a fait une demande de visa au titre du regroupement familial. En novembre, après une importante mobilisation et une pétition qui a recueilli plus de 5 600 signatures, Clébert Codjo a enfin obtenu un visa. Il devrait prochainement pouvoir retrouver Moussaba et son enfant, qu’il ne connaît pas encore.

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