Famille Ali

Famille Ali

Le 16 octobre 2007, à 7  heures du matin, les gendarmes frappent à la porte. À l’intérieur, les enfants hurlent. Gloria menace de se jeter par la fenêtre avec ses deux filles si quelqu’un entre. Les pompiers sont appelés en renfort. Ils déploient la grande échelle et tendent une bâche, au cas où… Une fois l’opération réalisée, ils informent les gendarmes que la situation est sécurisée, ils peuvent entrer. Gloria, Vandgush, son mari, Sara, trois ans, et Léa, dix-huit mois, sont embarqués. En bas de l’immeuble, beaucoup de monde assiste à la scène. Certains pleurent. Un responsable de la société gestionnaire se défend : « C’est la loi, rien que la loi, on n’y peut rien. »

Le couple et leurs enfants sont enfermés en centre de rétention. Tous les soirs, devant l’école, des enseignants et des parents se réunissent autour de la chaise vide de Sara, de sa photo et de sa paire de chaussons roses laissée en classe.

Cela faisait plus d’un an que la famille Ali avait quitté l’Albanie. Vandgush était garde du corps. Peu de temps après le retour au pouvoir de Sali Berisha, il a été blessé dans un attentat qui visait le député socialiste qu’il protégeait. Il a ensuite été harcelé de coups de téléphone anonymes et menacé de mort. Effrayé, il part se cacher dans les montagnes avec sa femme et sa fille. Ils sont ravitaillés par un ami. Mais la situation devient vite intenable, Sara est âgée d’à peine deux ans et Gloria est enceinte de huit mois. La famille prend la fuite. La France sera leur point de chute. Mais leurs demandes d’asile seront refusées.

La mère de Vandgush, restée en Albanie, n’a jamais cessé de recevoir des appels anonymes de personnes qui la sommaient de leur dire où était son fils. En mai 2007, deux inconnus entrent chez la grand-mère et la tabassent. Elle souffrira notamment d’un traumatisme crânien. Ces nouveaux éléments conduisent la Cimade à demander, pendant la rétention, un réexamen du dossier de demande d’asile de la famille.

Juste avant l’audience, Léa, dix-huit mois, se met à pleurer. Le juge des libertés prévient : « Je ne veux pas de pression sur moi avec des pleurs d’enfant »… Gloria n’a pu récupérer que des photocopies de l’attestation de l’hôpital et des déclarations des témoins. L’authenticité des documents est mise en doute par l’Office français de protection des réfugiés et apatrides (Ofpra). La demande de libération est rejetée.

Des parents d’élèves décident d’aller solliciter la bienveillance du préfet. Son représentant les reçoit mais, loin de répondre à leur demande, leur reproche « d’essayer d’intégrer la famille », ce qui « nourrit de faux espoirs », selon lui.

La durée légale de la rétention, soit trente-deux jours, prenait fin le 17 novembre à 14  heures. La famille Ali est expulsée le 17 novembre à midi. Un avion est affrété spécialement pour eux. Une escorte de six policiers est déployée pour les encadrer. Depuis leur retour, les appels anonymes ont recommencé. La pension de la grand‑mère ne suffit pas à nourrir toute la famille. Sara est triste, elle ne peut plus aller à l’école, elle se fâche contre sa grand-mère, lui répétant : « C’est pas bien l’Albanie, je veux retourner chez moi. En France. »

Récit précédent
Aucun récit disponible
Récit suivant
 
Contact
Nous contacter
Lettre d'informations
recevez par mail l'actualité de Cette France-là. S'inscrire.