Famille Demiri

En 2005, Nijazi et Nezaqete Demiri fuient le Kosovo avec leurs trois enfants. Ils sont albanais. Au cours des dernières années, une série de drames les a conduits à prendre la décision de l’exil. Nijazi a perdu son père, assassiné parce qu’il avait travaillé avec des Serbes. Roué de coups à plusieurs reprises, il a lui-même cru qu’il allait être tué. Nezaqete a eu à subir d’insupportables violences. Leur maison a été brûlée. Nijazi a perdu tout ce qu’il possédait, et finalement aussi son travail. Alors, ils sont partis, imaginant que la France pourrait leur offrir la protection dont ils avaient besoin et un endroit où élever leurs enfants. Une fois sur le territoire français, ils ont déposé une demande d’asile en bonne et due forme. Mais elle leur a été refusée.

Depuis leur arrivée, en août 2005, les Demiri ont vécu en Lozère. D’abord hébergés par le centre d’accueil pour demandeurs d’asile de Chambon-le-Château, ils ont ensuite bénéficié d’un logement à Mende, fourni par l’association Yvonne Malzac. Les enfants ont été inscrits à l’école. Dafina, âgée de onze ans, a été scolarisée à Chambon-le-Château, tandis que Liridona, quatorze ans, et Leutrim, treize ans, sont entrés au collège de Langogne. La famille a ainsi vécu pendant deux années, retrouvant une vie normale.

Mais, le 5 septembre 2007, tôt le matin, la police se présente à la porte. En ouvrant, Nijazi sait ce qui les attend. Toute la famille sera arrêtée et conduite au centre de rétention du Canet à Marseille. Une dizaine de jours plus tard, des militants de RESF parviennent à leur rendre visite. C’est l’anniversaire de Leutrim, on le fête dans une sorte de parloir. Les militants ont apporté des vêtements et des livres. Nijazi leur dit son incrédulité : « Je ne pensais pas que, dans un pays démocratique, on emprisonnait les enfants. »

RESF s’est assuré qu’une avocate assurerait la défense de la famille Demiri. Mais le tribunal administratif de Marseille a rejeté l’appel concernant l’obligation de quitter le territoire français qui leur avait été signifiée au motif de l’« absence de documents probants sur les sévices subis et les menaces pesant sur la famille ». En dépit des risques avérés qu’ils vont courir de retour au Kosovo, ils sont expulsés le 20 septembre à bord d’un avion militaire.

La famille vit depuis sans ressources, dans la plus totale insécurité. Nezaqete et les trois enfants habitent à Lipjan, mais Nijazi, qui subit des menaces, est dans l’obligation de se cacher et de changer d’abri en permanence. Nezaqete souffre de dépression. Son fils présente des problèmes de circulation à la jambe gauche pour lesquels un médecin du Puy-en-Velay avait prescrit un suivi médical régulier. L’enfant comme sa mère sont pourtant incapables d’accéder aux soins qui leur seraient nécessaires.

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