Famille Khoutischvili

En 2003, dans le cadre d’une politique de contrôle des flux migratoires, le conseil d’administration de l’Ofpra a établi une liste de pays d’origine considérés comme « sûrs ». Cette classification donne la possibilité à l’administration de refuser la délivrance d’un titre de séjour provisoire aux ressortissants de ces pays. Elle permet également d’accélérer l’étude de leurs demandes d’asile. La Géorgie est inscrite sur cette liste.

Pourtant, depuis 1994 et la signature d’un accord de cessez-le-feu entre les autorités géorgiennes et les indépendantistes abkhazes, un conflit larvé subsiste. Lali Khoutischvili, abkhaze, et son mari, géorgien, en ont été victimes.

Après leur mariage, le couple s’installe dans le village natal de Lali, en Abkhazie. Ils auront un fils, Lasha. En 1992, le conflit armé entre les sécessionnistes abkhazes et les autorités géorgiennes éclate. Du fait des origines ethniques de son époux, Lali est arrêtée. Emprisonnée pendant deux ans, elle ne sera libérée qu’en servant de monnaie d’échange contre des prisonniers abkhazes. Lali, son mari et leur fils fuient alors l’Abkhazie pour la Géorgie.

À son arrivée, monsieur Khoutischvili est intégré à l’armée géorgienne et envoyé au combat. Il y sera grièvement blessé, perdant l’usage de ses jambes. Condamné à la chaise roulante, il aspire à vivre en paix, avec sa famille. Mais leur mariage mixte n’est pas davantage accepté en Géorgie qu’en Abkhazie. Après des années de sévices moraux et physiques, la famille envisage de quitter son pays. C’est leur fils, Lasha, qui arrive en France le premier, en 2002. Titulaire d’un diplôme de technicien aéronautique et polyglotte (Lasha parle couramment le russe, l’anglais et le français), il s’inscrit, dès son arrivée, à l’université d’Amiens, afin de parfaire sa formation et d’accéder à un poste dans le commerce international.

Malgré plusieurs arrestations et placements en rétention, Lasha, grâce à sa ténacité et au soutien de ses professeurs, et de RESF, n’est pas expulsé. Il est rejoint par sa mère, en 2004, puis par son père, deux ans plus tard. Les Khoutischvili reconstruisent enfin la vie de famille à laquelle, en proie au rejet, ils avaient dû renoncer en Géorgie. En mai 2008, après une demande d’asile rejetée, Lasha est une nouvelle fois arrêté et enfermé au centre de rétention du Mesnil-Amelot. Une importante mobilisation se met en place, le maire PS d’Amiens nouvellement élu, le président du conseil général de la Somme ainsi que des élus du conseil régional apportent leur soutien à la famille Khoutischvili. Lasha est libéré au bout de quinze jours.

En août 2008, un nouveau conflit éclate dans les régions sécessionnistes de Géorgie. L’Ossétie du Sud est d’abord prise d’assaut par les troupes géorgiennes. L’armée russe vient aussitôt à la rescousse des séparatistes, occupe la province et reconnaît son indépendance, ainsi que celle de l’Abkhazie. Les combats, mais surtout les bombardements et les exactions auxquels ce bref conflit a donné lieu, ont causé la mort de plusieurs centaines de personnes et le déplacement de plus de 150 000 civils.

Malgré leurs modestes conditions de vie dans un foyer Aftam, Lasha, Lali et son mari se battent pour rester dans leur lieu de refuge, la France. Mais la mère et le fils sont toujours menacés d’une mesure de reconduite à la frontière ; leur pays d’origine, rappelons-le, étant considéré comme « sûr »…

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