Famille Li

Famille Li

Province du sud-est de la Chine, le Zhejiang est pauvre, tout au moins dans sa partie rurale. Il existe bien d’importants gisements d’emplois à Wenzhou, la principale ville de la région, mais les habitants des campagnes n’ont guère de chance d’y obtenir le « livret de résidence non agricole » qui seul permet de travailler légalement. L’obtention de ce livret n’étant pas plus aisée dans les autres provinces de Chine, les ressortissants du Zhejiang comptent parmi les principaux candidats à l’émigration, notamment vers la France. Li Xingzhong est l’un d’eux. Originaire d’un village particulièrement misérable, il quitte la Chine en 1997, laissant derrière lui sa femme, Li Xiuliu, et leur fille Hong, alors âgée de trois ans. Les passeurs qui prennent en charge les migrants du Zhejiang — en contrepartie d’une reconnaissance de dette dont le montant oscille entre 12 000 et 20 000 euros — conduisent M. Li du Kazakhstan en Russie, puis en Turquie, en Grèce, en Italie et enfin en France.

Seul et sans ressources à Paris, Li Xingzhong n’a d’autre choix que celui de se soumettre aux réseaux chinois qui exploitent leurs compatriotes les plus démunis : il est emmené à La Courneuve, où, pendant près de deux ans, il travaillera douze heures par jour dans un atelier clandestin de confection. En 1999, M. Li s’échappe et revient à Paris, où un avocat le persuade de déposer une demande d’asile. Celle-ci sera rejetée en mars 2000. Mais, entre-temps, Li Xingzhong a trouvé du travail dans un restaurant japonais. D’abord plongeur, il devient ensuite aide-cuisinier et apprend le métier de cuisinier, dans lequel il excelle aujourd’hui.

En septembre 2001, Li Xiuliu confie Hong à ses parents et quitte à son tour la Chine. Elle atteint la France en janvier 2002 et travaille aussitôt comme serveuse dans le restaurant où son mari officie en cuisine. En 2003, Mme Li donne naissance à Victor et arrête de travailler pour s’occuper de lui. Pour sa part, M. Li, dont la compétence et le talent s’affirment, devient chef-cuisinier dans un autre restaurant japonais. La circulaire Sarkozy de juin 2006 le conduit à présenter une demande de régularisation au titre de la « vie privée et familiale » — Victor vient d’entrer en maternelle —, mais il essuie un refus, au motif que Hong vit encore en Chine.

Les Li, qui n’ont cessé d’économiser pour faire venir leur fille aînée, décident de ne plus attendre : au bout de quatre mois de voyage avec les passeurs, Hong arrive à Paris en décembre 2007. Elle y retrouve ses parents et ses deux frères, Victor et Elan, né deux mois plutôt. En ce même mois d’octobre, M. Li a accepté d’être filmé et de raconter son histoire devant les caméras de France 3, pour l’émission « Pièces à conviction ». Suite à la diffusion du programme, le 30 novembre 2007, les soutiens des Li à RESF — avec l’appui de Jérôme Coumet, maire du XIIIe arrondissement, et de toute la rédaction de France 3 — demandent à la préfecture de réexaminer le cas de cette famille, désormais réunie.

Le 22 janvier 2008, le préfet n’a pas encore statué sur la demande de réexamen, mais Li Xingzhong est arrêté devant son domicile, parce qu’il roule sur un vélib’ défectueux. Placé en garde à vue au commissariat du xiiie arrondissement, il bénéficie de la mobilisation de ses soutiens mais aussi de deux heureuses coïncidences : Jérôme Coumet se trouve ce soir-là au commissariat pour la cérémonie des voeux du nouvel an, tandis que le coréalisateur du reportage de « Pièces à conviction » est dans le bureau du chef de cabinet de Brice Hortefeux lorsqu’il apprend l’arrestation de M. Li. Libéré le lendemain, Li Xingzhong obtient un rendez-vous à la préfecture pour le 10 mars 2008. Après plus de dix ans de présence en France, on lui remet enfin une carte de séjour d’un an au titre de la « vie privée et familiale ». La famille Li est désormais libre de prendre un avion, de son plein gré, pour la Chine. En janvier 2009, ils s’y rendront pour partager la fête du printemps et le nouvel an chinois avec leurs proches restés là-bas, que M. Li n’a pas pu revoir depuis son départ du pays, en 1997.

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