Famille Muliqi

Labinot Muliqi est né à Raushiq, un village du Kosovo. Membre de la majorité albanaise, son père a fait carrière dans la police yougoslave. Il poursuit sa collaboration dans les années 1990, avant de disparaître au début du conflit entre l’armée serbe et l’UCK (armée de libération du Kosovo), un matin d’avril 1998. Labinot, qui vivait avec son père, a alors seize ans. Il quitte son village pour la ville voisine de Pécs, où il restera jusqu’à l’intervention de l’Otan, en mars 1999. Il se réfugie ensuite au Monténégro puis, en mai, regagne Raushiq. Il y découvre sa maison en partie incendiée et l’accueil qui lui est réservé est hostile. Trois semaines après son retour, il est frappé par plusieurs hommes qui le menacent de lui faire subir le même sort qu’à son père. En juin 1999, Labinot retourne au Monténégro. Il y rencontre Adeline, avec qui il se marie le 3 septembre 2001. Mais le couple réalise bientôt que Labinot n’est pas davantage le bienvenu au Monténégro. Désormais exposés au racisme anti-albanais, les deux jeunes gens choisissent l’exil et, le 6 mars 2002, arrivent en France.

Leurs espoirs sont vite déçus : l’Ofpra rejette leur demande d’asile. Ils restent néanmoins, le temps que leur recours soit étudié, et, le 17 février 2003 naît Laurent, leur premier fils. La famille a trouvé refuge dans un local du Samu social et les démarches administratives se poursuivent. En février 2006, Adeline donne naissance à des jumeaux, Albion et Albiona, et, en septembre, Laurent fait sa première rentrée des classes à l’école maternelle René-Thinat d’Orléans.

Toutefois, le 21 février 2007, le couple est arrêté. Adeline est soupçonnée de vol. La préfecture du Loiret leur notifie un arrêté de reconduite à la frontière, et toute la famille est enfermée au centre de rétention d’Oissel. Cinq jours plus tard, la cour d’appel de Rouen libère Labinot et les enfants mais, en raison de la suspicion qui pèse toujours sur elle, Adeline doit rester en rétention.

L’accusation de vol sera vite abandonnée et Adeline libérée. Mais les Muliqi restent sous le coup d’une mesure de reconduite à la frontière et, le 21 août 2007, la préfecture la met en application : la police arrête la famille à son domicile et la fait enfermer dans le local de rétention de Cercottes, près d’Orléans.

En rétention, Albion tombe malade, il souffre d’une diarrhée importante. Âgé d’un an et demi, le petit garçon risque une perte de poids rapide et une forte déshydratation. Le médecin venu sur place envoie donc la mère et l’enfant aux urgences pédiatriques de l’hôpital d’Orléans. Ils s’y rendent escortés de cinq policiers. Le médecin qui ausculte Albion envisage de l’hospitaliser si son état ne s’améliore pas. Une nouvelle consultation est programmée pour le lendemain. En attendant, Adeline et son fils retournent en rétention. Le mercredi matin, les policiers viennent chercher la famille Muliqi pour l’emmener, non à l’hôpital, mais à l’aéroport de Roissy. Le 22 août, à 11 heures, ils embarquent dans un avion pour Pristina.

À l’arrivée au Kosovo, Labinot découvre sa maison complètement détruite. Les Muliqi s’installent donc dans une tente, près des ruines, avant de trouver refuge dans un local loué par un voisin. Leurs soutiens en France leur fournissent l’aide matérielle et financière nécessaire à leur survie. Un mois après leur expulsion, François Hauchère, membre de RESF et du comité de soutien de l’école René-Thinat d’Orléans leur rend une première visite et leur apporte les 650 euros collectés pour eux –- 2 000 euros le seront au total -–, ainsi que des vêtements chauds.

Sans papiers en France, Labinot et Adeline Muliqi le seront aussi pendant leurs six premiers mois au Kosovo. En effet, la Mission administrative intérimaire des Nations unies au Kosovo (Minuk) ne reconnaît pas la valeur du laissez-passer établi par la préfecture du Loiret. Une erreur apparaît sur ce document : il est antidaté d’un an. Labinot n’a toujours pas trouvé de travail régulier. Laurent, lui, n’a pas pu aller à l’école durant un an. Le paiement d’un loyer étant devenu impossible, la famille a dû quitter le local du voisin. Pendant l’été 2008, le père a donc construit une cabane qui permettra à sa famille, il l’espère, de passer l’hiver.

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