Famille Musanovic

Sabina est originaire de Bratunac, ville bosniaque située aujourd’hui en Republika Srpska (l’entité serbe de la Bosnie actuelle). Musulmane, elle est âgée de quatorze ans lorsque, en 1992, la guerre contraint ses parents et leurs cinq enfants à fuir la Bosnie pour se réfugier en Allemagne.

En 1997, Sabina et sa famille rentrent en Bosnie, mais doivent s’installer dans la région de Sarajevo (Fédération croato- musulmane, l’autre entité de l’actuelle Bosnie). Le retour à Bratunac est en effet impossible car une famille serbe occupe leur maison, et les persécutions continuent contre les musulmans.

Commence alors une longue période d’errance entre camp de réfugiés et logements provisoires. À Sarajevo, la vie est pratiquement intenable pour les personnes originaires de Republika Srpska, qui ne disposent ni du droit au travail, ni du droit au logement.

Sa soeur aînée puis son frère décident alors de partir en France, où ils obtiennent l’asile politique. Sabina décide de les rejoindre avec sa famille. Elle et son mari, Salko, entrent en France, respectivement en février et avril 2005, avec leur fille Saldina. Ils s’installent à Montbéliard et déposent une demande d’asile. Celle-ci sera rejetée par l’Ofpra en 2005 puis par la Commission des recours des réfugiés (CRR) en 2006. La Bosnie est devenue un « pays sûr ». Salko fait alors une demande de régularisation par le travail, un employeur lui ayant fait une promesse d’embauche. Pour toute réponse, il reçoit une obligation de quitter le territoire français (OQTF).

Pourtant, la vie continue. Saldina est scolarisée, ses parents donnent naissance à une seconde fille, Sumaya, en 2006. La mère de Sabina, qui les a rejoint en 2005 obtient l’asile en 2007 et sa deuxième soeur est elle aussi régularisée, au titre de la « vie privée et familiale ».

Sabina, Salko et leurs enfants sont arrêtés le 30 août, à 5h30 du matin, à leur domicile. Sommés de faire rapidement leurs bagages, ils sont conduits dans la matinée au poste de police de Montbéliard, puis à Paris, à l’ambassade de Bosnie. On leur affirme qu’ils vont être ramenés à leur domicile, après une nuit à l’hôtel. La police les conduit au centre de rétention de Oissel, près de Rouen.

Le 8 septembre, après neuf jours de rétention et le rejet d’une demande de réexamen de son dossier à l’Ofpra, Sabina et sa famille sont réveillés à 4h30 du matin. Les policiers affirment qu’ils doivent être transférés dans un autre centre. Ils sont en fait conduits à un aéroport parisien.

Après la fouille, les policiers séparent les parents de leurs deux enfants qu’ils font monter en premier dans l’avion, pour s’assurer qu’il n’y aura pas de résistance. Ils sont expulsés par avion spécial à Sarajevo.

De son expulsion, Sabina retient avant tout les mensonges. Mensonge du fonctionnaire de l’ambassade qui leur dit qu’ils vont rentrer à Montbéliard, mensonges répétés des policiers sur leurs différentes destinations jusqu’à leur expulsion. Elle ne comprend toujours pas pourquoi sa mère et ses trois frères et soeurs ont pu rester et pas elle. Des destins joués à la courte-paille.

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