Famille Popov

Apatrides. Leur pays, le Kazakhstan, les a déchus de leur citoyenneté. La France ne veut pas d’eux sur son territoire. Vladimir et Yekaterina Popov ne sont ni kazakhs, ni français. « On est rien », dit Yekaterina.

Au Kazakhstan, où ils forment une importante minorité, la situation des Russes est souvent difficile. Ils sont fréquemment considérés comme des « colonisateurs » depuis la chute de l’Union soviétique, et les protections constitutionnelles dont ils bénéficient ne suffisent pas toujours à les préserver des rancoeurs et même des persécutions. Vladimir et Yekaterina Popov en ont fait l’amère expérience. En 2002, Yekaterina est violée par des policiers de son village. La maison qu’elle partage avec Vladimir est brûlée. L’un et l’autre interrompent alors leurs études de droit et fuient leur pays pour la France. Ils déposent une demande d’asile auprès de l’Ofpra. Refusée. La promesse d’embauche à l’usine Hermès dont bénéficie Vladimir n’y change rien. Le couple engage tous les recours possibles. En novembre 2006, ils se rendent volontairement dans les locaux de la police aux frontières des Ardennes, pensant être convoqués pour la remise d’un titre de séjour. Mais ils sont immédiatement arrêtés et placés en centre de rétention. Vladimir et Yekaterina sont bientôt libérés sur intervention du ministère de l’Intérieur… mais pour être arrêtés de nouveau, peu de temps après.

Suite à une importante mobilisation à Charleville, le couple retrouve la liberté. Avec leur fille âgée de deux ans et demi, véronique, ils partent s’installer en Anjou chez la mère de Yekaterina, régularisée. Toujours confiants, ils reprennent les démarches de régularisation. Mais la réponse est toujours la même.

Arrêtés une nouvelle fois en août 2007, Vladimir et Yekatarina n’auront même pas le droit de laisser Véronique et Geoffrey, leur bébé âgé de six mois, chez leur grand-mère. En dépit des demandes répétées de Yekatarina, les enfants sont emmenés avec leurs parents et demeureront deux semaines au centre de rétention d’Oissel.

Dans leur lieu d’enfermement, les conditions d’accueil sont épouvantables. Il n’y a ni couches à la taille du bébé ni lait de maternité en quantité suffisante pour le nourrir. Véronique, quant à elle, est terrorisée. Elle mange à peine. Par deux fois, la famille Popov sera conduite à l’aéroport pour être expulsée, mais les cris de supplication de Yekaterina, réclamant qu’on laisse ses enfants vivre en France, feront échouer les tentatives.

Le 12 septembre, le juge des libertés et de la détention leur signifie la fin de leur rétention. Malgré le communiqué de presse dans lequel Jean-Claude Vacher, le préfet du Maine-et-Loire, déclarait qu’il respecterait la décision du juge, il lance, dès le lendemain, une procédure d’appel. Le jugement est infirmé. Notons que, au moment même où la famille était libérée, M. Vacher faisait partie des 19 préfets convoqués et sermonnés par Brice Hortefeux pour leur non-respect des quotas…

Sous le coup d’une obligation de quitter le territoire, Yekaterina et Vladimir entrent en clandestinité. Véronique est installée chez sa grand-mère afin de pouvoir poursuivre sa scolarité. Pendant plusieurs mois, reclus, le couple et leur bébé sont hébergés par des citoyens. Ils changent de lieu d’habitation régulièrement et vivent dans la peur.

En juin 2008, Vladimir et Yekaterina demandent la nationalité française pour leurs enfants, nés sur le territoire. La justice la leur accorde. Véronique et Geoffrey sont donc maintenant français. Mais peut-être pas pour longtemps. Le procureur de la République, apparemment à la demande de la préfecture, a fait appel de cette décision.

Les Popov sont donc toujours en situation irrégulière. Ils reçoivent désormais une allocation de l’Aide sociale à l’enfance qui leur permet de vivre, chichement, par leurs propres moyens. La menace d’une reconduite à la frontière est toujours très présente. Le beau-père de Yekaterina, expulsé lui en 2005, a été assassiné à son retour au Kazakhstan.

Récit précédent
Récit suivant
 
Contact
Nous contacter
Lettre d'informations
recevez par mail l'actualité de Cette France-là. S'inscrire.