Famille Talatachvili-Beraeva

En Géorgie, Bessik Talatachvili a toujours refusé de céder aux pressions qui le poussaient à divorcer de sa femme, Daredjan, originaire d’Ossétie. Le couple a tenu bon et a fui. Mais c’est en France que la famille Talatachvili-Beraeva a été disloquée. Bessik, le père, oenologue, a été expulsé en mars 2008. Un mois plus tard, valerian, son fils âgé de dix-neuf ans, a subi le même sort. Le 9 mai, Daredjan, la mère, professeure agrégée de mathématiques, a été arrêtée et placée en rétention. Nino, leur fille de dix-huit ans, est toute seule à Poitiers. Elle est, elle aussi, sous le coup d’une obligation de quitter le territoire reçue le 27 décembre 2007, lendemain de son dix-huitième anniversaire.

Née en Ossétie du Sud, région indépendantiste de Géorgie, Daredjan en est partie avant d’épouser Bessik, géorgien, et de s’installer avec lui à Gourodjaani, dans l’est du pays. En 1994, elle y est nommée proviseure du lycée. Mais, en 2002, dans un contexte de montée du nationalisme, Daredjan est démise de son poste à cause de son origine. La famille déménage donc à Tbilissi, la capitale. Daredjan retrouve un emploi de professeure de mathématiques, mais est rapidement licenciée pour les mêmes raisons : les parents d’élèves ne veulent pas d’une enseignante ossète dans l’établissement.

Pour échapper aux discriminations et tenter de trouver du travail, le couple et leurs enfants fuient vers l’Autriche. Leur demande d’asile est refusée. Nouveau départ, nouvelle fuite, pour la France cette fois. La famille s’installe à Lyon. Nino et valerian peuvent retourner au collège. Pendant six mois seulement. En effet, après un nouveau refus d’asile, tous les quatre sont expulsés. Ils retournent à Gourodjaani, mais pendant leur exil, le conflit armé a repris entre la Géorgie et les indépendantistes ossètes. Leur maison a été incendiée. À Tbilissi, ils font face aux mêmes discriminations que trois années plus tôt. Aucune école ne veut scolariser Nino et valerian, enfants d’une famille mixte. Malgré les risques, ils reviennent donc en France, à Poitiers, en mai 2005. Une nouvelle fois, on leur refuse l’asile. Daredjan dépose un recours auprès de la Cour nationale du droit d’asile, mais la date d’audience n’est fixée que pour juin 2008… Les enfants vont au lycée. Toute la famille parle parfaitement le français. Ils attendent donc, sans titre de séjour.

Mais, l’administration française, elle, n’attend pas. Après l’expulsion de Bessik et de valerian, Daredjan est donc, pour la troisième fois en trois mois, placée en rétention, à Paris. Le 23 mai, elle est embarquée dans un avion, ligotée, la bouche scotchée. L’intervention des passagers pousse le commandant de bord à la faire débarquer et lui évite donc l’expulsion.

Elle entame alors une grève de la faim pour pouvoir rester en France avec sa fille. Trois jours plus tard, le lundi 26 mai, le tribunal de grande instance de Paris maintient le placement en rétention. Mais le juge, apprenant que Daredjan souffre d’une maladie chronique et évolutive, demande un examen médical à la préfecture. Le mercredi, après la visite du médecin, elle est immédiatement remise en liberté. Son état de santé n’était pas compatible avec un maintien en rétention. Elle y est pourtant restée vingt jours…

Libérée ne veut pas dire régularisée, Daredjan reste expulsable. Tout comme Nino, à qui l’annulation d’une nouvelle obligation de quitter le territoire français a été refusée par la préfecture de Poitiers. Après deux mois sans nouvelles, la mère et sa fille ont pu contacter Bessik et valerian. Ils sont partis se réfugier en Russie.

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