Georges Étienne

Fin juillet 2001, en Haïti, une série d’attaques armées contre des postes de police fait plusieurs morts. Les autorités y voient une tentative de coup d’État et entendent trouver les responsables. Georges Étienne est, à cette époque, policier, comme son frère et son cousin. Ce dernier, qui a des activités politiques, est soupçonné d’avoir pris part aux attaques. Ses proches sont donc plusieurs fois interrogés, puis suspectés et harcelés.

Georges vit alors chez son parrain. Celui-ci s’occupe de son filleul depuis qu’il est petit et s’inquiète beaucoup pour lui. Aussi entreprend-il d’aider le jeune homme à quitter Haïti au plus vite. Il appelle le père de Georges, qui vit en France depuis 1976. « Il fallait que je parte, sinon je devais passer par la mort », raconte Georges. Le 19 octobre 2001, il arrive à Paris.

Son père avait entrepris des démarches dès 1988 pour qu’il le rejoigne. Mais Georges avait déjà quinze ans, un âge trop avancé pour faire bénéficier du regroupement familial, selon l’administration. De nouvelles tentatives engagées par son père après sa naturalisation, en 1996, n’ont pas davantage abouti.

Dès son arrivée, Georges Étienne dépose une demande d’asile auprès de l’Ofpra. Elle est rejetée, ainsi que le recours. Il vit chez son père, mais, après de nombreuses années de séparation, la cohabitation n’est pas facile — il préfère partir. Il est hébergé par des amis qui lui viennent en aide, mais ne peut jamais rester très longtemps.

Georges réalise des travaux de plomberie pour être indépendant financièrement. Jusqu’en 2004, où il tombe malade : hernie inguinale et hernie discale. Il doit subir une intervention chirurgicale et, pendant un an et demi, ne peut ni se baisser, ni porter d’objets lourds. Georges est donc contraint d’abandonner la plomberie. Il se retrouve sans ressources et sa demande de titre de séjour pour raisons médicales est rejetée.

C’est Mme Geoffroy, assistante sociale au conseil général du Val- de-Marne, qui l’aide à trouver un hébergement d’urgence, d’abord à Nogent puis au foyer social de la Croix-Rouge. Il vit maintenant au centre communal d’action sociale de Boissy-Saint-Léger, et se réjouit d’avoir enfin une adresse stable.

Le 21 décembre 2005, Georges se fait contrôler à la gare d’Alfortville, mais n’est pas inquiété : « Je fais en sorte que ça se passe bien avec les policiers, il ne faut pas être brutal avec eux — je le sais, c’était mon métier avant. Mais c’est vrai qu’ils ne sont pas tous gentils. » Suite à un nouveau refus de titre de séjour, la préfecture lui a proposé une aide au retour volontaire. Il a refusé, par peur de rentrer en Haïti : « Je leur ai montré le mandat de poursuite judiciaire pour complot contre la sûreté de l’État dont je fais l’objet là-bas, ils ne l’ont même pas regardé. » Puis, le 11 mars 2008, nouvelle demande rejetée, cette fois accompagnée d’une obligation de quitter le territoire.

Aujourd’hui, Georges attend de passer devant la cour administrative d’appel de Paris. Il a une activité qui l’occupe quelquefois : il fait des petits boulots pour le bureau UMP d’Île-de-France, prépare les courriers et les prospectus que diffuse le parti. Parti dont il est membre depuis 2005 : « Après les émeutes dans les banlieues, c’était chaud, je me suis dit  : “comme c’est eux qui sont au pouvoir, il vaut mieux que je sois de leur côté, je n’ai pas le choix”, je cherchais une protection. » Georges est de toutes les réunions, il est même allé au Zénith, le 14 janvier 2007, pour assister à l’intronisation de Nicolas Sarkozy comme candidat à la présidence. « J’essayais d’être discret parce qu’il y avait beaucoup de policiers », raconte-t-il. Au sein du parti, en Île-de-France, Georges explique qu’« il y a bien quelqu’un qui pourrait[l]’aider, mais il n’est pas vraiment solidaire ».

Georges Étienne aurait pu tenter sa chance en 2005, lorsqu’il a rencontré Nicolas Sarkozy à Rungis, mais il était entouré d’une foule de partisans du futur Président : « Je ne pouvais pas exposer ma situation en criant devant tout le monde, ça ne se fait pas, mais aussi parce que je suis en situation irrégulière et que ce sont des gens qui veulent lutter contre l’immigration illégale… il faut quand même être conscient. »

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