Ibrahim Arpaci

Ibrahim Arpaci, un jeune Kurde de vingt et un ans, préparait un diplôme qualifiant au lycée Perdonnet de Thorigny-sur-Marne. Il vivait avec ses oncles et tantes réfugiés politiques en France. Il a été arrêté vendredi 28 octobre 2007 devant son lycée.

En Turquie, Ibrahim, qui n’a pas fait son service militaire, est menacé d’emprisonnement et a fait l’objet de persécutions. À son arrivée en France, il a engagé une demande d’asile politique qui était toujours en cours d’instruction au moment de son arrestation.

Ibrahim est transféré au centre de rétention administratif (CRA) du Mesnil-Amelot. Il fait immédiatement appel. Le 31 octobre, il est présenté en appel devant le juge des libertés et de la détention puis devant le tribunal administratif de Melun. Ses deux requêtes sont rejetées. La date d’expulsion est fixée au 2 novembre 2007.

Une mobilisation de soutien, à laquelle participent les élèves de son lycée, s’organise. Le jour de l’expulsion, un groupe formé de camarades de classe, d’enseignants, de parents d’élèves et de militants du Réseau éducation sans frontières (RESF), se rend à l’aéroport. Ils avertissent les passagers du vol pour Istanbul de la situation. L’accueil est plutôt bienveillant, à une exception près : dans la foule des passagers, l’un d’entre eux, se sentant sans doute autorisé par l’action de la police, lance à l’adresse du groupe : « Les immigrés, dehors ! »

La police se présente avec Ibrahim, mais le commandant de bord refuse de l’embarquer. Une nouvelle tentative est faite sur le vol suivant. Le commandant accepte cette fois-ci de collaborer, mais la mobilisation d’une quarantaine de militants de RESF fait à nouveau échouer l’expulsion. Ibrahim est ramené au CRA. Les policiers ne désespèrent pourtant pas : « On n’a pas eu de chance aujourd’hui, mais on t’embarquera un autre jour. »

Quelques jours plus tard, le 9 novembre, la Cimade, présente au centre de rétention, avertit les membres de RESF qu’une nouvelle tentative d’expulsion va être menée. Deux cents personnes se mobilisent et se rendent à l’aéroport de Roissy. Plusieurs élus (socialistes et communistes) interviennent auprès de la préfecture. À nouveau, les militants s’adressent aux passagers. Ils apprendront plus tard qu’un passager qui a protesté a été débarqué, menotté.

Mais la mobilisation ne parvient pas à enrayer la machine une seconde fois : avec une demi-heure de retard, l’avion part avec Ibrahim à son bord, « entravé pour sa sécurité ». La police commente : « Tout s’est passé dignement. »

Lorsque ses camarades de classe ont appris la nouvelle de son expulsion, ils ont rédigé une lettre-communiqué à l’attention de Nicolas Sarkozy. La lettre s’interroge : « Quelle police pour quel État ? Quand on est petit et qu’on veut devenir policier, c’est souvent pour “arrêter les méchants”. Combien de temps la police de cet État acceptera-t-elle de mobiliser son énergie et son temps pour la chasse aux enfants, aux jeunes, aux familles sans papiers, les privant ainsi de tout avenir ? »

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