Jennyfer et Jean-Christian Tang Mbeng

Lors des vendanges, Jennyfer, jeune ouvrière viticole champenoise, rencontre Jean-Christian, jeune camerounais. Ils tombent amoureux, s’installent dans un appartement à Reims et rêvent d’un avenir qu’ils n’imaginent pas l’un sans l’autre. « Il m’a tout de suite dit qu’il était en situation irrégulière. J’ai découvert combien c’est dur de vivre tout le temps la peur au ventre, peur pour lui, et peur de me faire arrêter avec un sans-papiers. »

Jean-Christian est arrivé en France en 2004, à l’âge de dix-neuf ans, pour rejoindre son frère, footballeur, et sa soeur, étudiante — tous deux en situation régulière — ainsi que sa grande soeur, de nationalité française. Fils d’une institutrice et d’un entraîneur de football, il entretient l’espoir de poursuivre une carrière de footballeur et de faire des études en France. Malheureusement, il ne réussit pas son essai au stade de Metz et, se trouvant en situation irrégulière, ne parvient pas à s’inscrire en tant qu’étudiant. Les efforts de l’avocat de sa soeur pour faire régulariser Jean-Christian n’ont pas abouti.

Après trois ans de vie commune, Jennyfer et Jean-Christian décident de se fiancer. En mars 2007, ils publient les bans. Soupçonnant un mariage blanc, le maire de Reims, sans même avoir pris le temps de les rencontrer, saisit le procureur de la République. Le 11 avril, ils sont convoqués à l’hôtel de police. Le couple est séparé et soumis à un interrogatoire long et humiliant.

Les questions posées à Jennyfer par le policier qui mène l’interrogatoire deviennent de plus en plus intimes : « Avez-vous déjà eu des rapports sexuels avec Jean-Christian  ? Quelle est la fréquence de vos rapports ? » Malgré sa réticence à devoir s’exposer et son sentiment que ses droits sont bafoués, Jennyfer réussit à convaincre le policier qu’elle vit bien en couple avec Jean-Christian et que leur désir de fonder une famille n’a rien d’un mariage blanc. Jennyfer est relâchée.

Mais le mal est déjà fait pour Jean-Christian : il reçoit un arrêté de reconduite à la frontière. Assigné à résidence au domicile conjugal en attendant son expulsion, il passe ses derniers jours en France auprès de Jennyfer. À aucun moment, le couple n’envisage que Jean-Christian trahisse la confiance du juge et « disparaisse » afin de rester en France, caché. Ils veulent d’abord mener à bien leur projet de mariage en toute légalité.

Jean-Christian est expulsé le 16 avril 2007 et Jennyfer le suit aussitôt à Douala, où ils se marient le 2 mai 2007. Lorsque la jeune femme rentre en France, elle entame les démarches administratives pour permettre à son mari de revenir. « Je pensais qu’il serait au moins rentré avant les fêtes de fin d’année », confie-t-elle, mais le consulat français conteste la validité de l’acte de naissance de Jean-Christian et refuse de retranscrire le mariage à l’état civil français. Les démarches juridiques pour prouver la validité de ce document vont leur faire perdre plus d’un an.

La situation du couple a raison de toutes leurs économies, car les billets d’avion, les factures d’avocats et les démarches administratives coûtent cher. Jennyfer est obligée de quitter l’appartement qu’elle louait avec Jean-Christian pour retourner vivre chez ses parents. « En août 2008, j’ai enfin pu retourner à Douala pendant mes vacances. Ça faisait seize mois qu’on ne s’était pas vus. Après dix-sept jours ensemble, le départ était dur, on ne savait pas quand on allait pouvoir se revoir. On vit notre relation sur MSN, par téléphone. »

D’après leurs avocats, il faudra compter environ huit mois avant que le mariage ne soit enfin retranscrit. Commenceront ensuite de nouvelles démarches auprès du consulat français de Douala pour essayer d’obtenir un visa permettant à Jean-Christian de revenir auprès de Jennyfer.

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