John Maïna

John Maïna s’est pendu le 15 février 2008. On l’a retrouvé dans la chambre du foyer où il résidait, au bout d’une petite rue tranquille de Meudon, en banlieue parisienne. Il venait de recevoir le courrier l’informant du rejet définitif de sa demande d’asile par la Cour nationale du droit d’asile. Dans la lettre qu’il a laissée, John a simplement expliqué qu’il préférait en finir plutôt que retourner au Kenya, où la mort l’attendait de toute façon.

Il avait fui son pays deux ans auparavant et avait réussi à rejoindre la France où il avait été pris en charge par l’association France Terre d’Asile. Dans l’attente de l’examen de sa demande, sa vie s’était organisée entre le foyer et le club d’athlétisme de Championnet, où il s’entraînait régulièrement. L’annonce de sa mort a été un grand choc pour tous les membres du club. « On s’est sentis coupables de pas avoir remarqué sa détresse, mais il n’en donnait aucun signe. Il était toujours souriant et enjoué, mais très discret sur sa situation et son histoire. À voir son visage, on sentait qu’il avait vécu des choses difficiles. », se souvient Florian, son partenaire de demi-fond.

Des choses difficiles, il en avait effectivement vécues, chez lui, au Kenya. À l’âge de dix-sept ans, il a été enrôlé dans une milice sectaire et particulièrement violente : les Mungikis. Le groupe revendique deux millions de membres à travers le pays, pour la plupart des jeunes chômeurs issus de l’ethnie Kikouyou, et constitue l’une des organisations criminelles les plus craintes au Kenya. Son activité principale consiste à extorquer de l’argent aux populations des bidonvilles pour des services de base comme l’eau et l’électricité. Ceux qui refusent de payer risquent la mort, les Mungikis ayant pour habitude de décapiter et de démembrer leurs victimes.

Lorsque John a quitté la secte, il savait qu’à défaut de se cacher, il serait rapidement la cible d’une expédition punitive comme tous ceux qui avaient tenté de fuir avant lui. Dans l’impossibilité de demander la protection d’une police souvent accusée de complicité avec les Mungikis, la seule solution qui restait à John était de fuir le pays.

Il pensait que la France lui accorderait sa protection, il a eu tort. Son suicide aura au moins eu le mérite de faire prendre conscience aux quelques personnes qui le côtoyaient de ce qui se passait dans leur pays. Dans un communiqué, ses amis du club d’athlétisme expriment ainsi leur amertume et leur colère : « Nous n’acceptons pas qu’un garçon puisse, à l’orée de sa vie d’adulte, dans la patrie des droits de l’homme, être confronté à une telle peur d’être expulsé qu’il ne voie d’autre solution que de se suicider. Nous n’acceptons pas que la France, c’est-à-dire nous-mêmes, renonce à sa tradition de terre d’asile. Elle a ruiné l’espoir d’un jeune homme qui avait courageusement refusé l’oppression… Nous ne voulons pas que John Maïna soit mort pour rien. » Avec d’autres, ils demandent que John obtienne le statut de réfugié politique à titre posthume et qu’ainsi la France reconnaisse sa faute.

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