Kadialy Fadiga

Le 20 mai 2008, Kadialy Fadiga, vingt et un ans, arrive avec cinq minutes d’avance à un rendez-vous fixé à la gare d’Austerlitz : il part pour un voyage scolaire à Oradour-sur-Glane, village martyr de la Seconde Guerre mondiale.

Sur le quai, deux policiers lui demandent ses papiers. Surpris, Kadialy, qui attend une réponse de la préfecture à sa demande de régularisation, sort une attestation de dépôt de dossier, son carnet scolaire, ainsi qu’une lettre du maire du IIIe arrondissement de Paris, Pierre Aideinbaum, qui le parraine. Ces papiers ne suffisent manifestement pas aux policiers, qui lui enjoignent de les suivre au poste de la gare. Kadialy raconte : « Ils m’ont dit : “Viens avec nous ; ce soir tu dîneras chez toi, au Sénégal”. J’ai fondu en larmes. »

En 2001, à la suite de troubles dans son village d’origine, les parents de Kadialy l’ont envoyé en France rejoindre ses frères, qui y vivent en situation régulière. Il avait alors quatorze ans  : « Je suis arrivé quelques mois trop tard pour que ma demande de régularisation à ma majorité soit acceptée : il aurait fallu que je sois en France avant mes treize ans. » Aujourd’hui, Kadialy est ce qu’on appelle un « jeune majeur » : un lycéen qui s’est retrouvé sans papiers le jour de sa majorité après plusieurs années en France.

Avant 2007, Kadialy n’avait jamais été inquiété. Mais, depuis le début de l’année scolaire, c’est la quatrième fois que la police lui demande ses papiers. Jusque-là, les policiers le laissaient repartir quand il montrait son carnet de notes et ses lettres de soutien. Cette fois, ils ne vont pas le lâcher. La panique le saisit : à un mois du baccalauréat, tout risque de s’arrêter là pour lui, le seul de sa famille à faire des études.

Les policiers le fouillent une première fois au poste et commencent à remplir leurs formulaires. Un de ses amis, inquiet de son retard au rendez-vous, l’appelle : il a tout juste le temps de répondre qu’il est arrêté avant que les policiers ne lui confisquent son portable. Sur le quai, c’est la consternation. La professeure principale de sa classe, Mme Thornander, et la responsable de l’association Mémoire 2000 se rendent immédiatement au poste et demandent à la police la libération de Kadialy. La sortie mémorielle prend une étrange tournure : quel message transmettre aux jeunes à Oradour-sur-Glane, quand l’un des leurs vient d’être arrêté et qu’ils risquent de ne plus le revoir ? Mme Thornander décide de rester et demande aux élèves de partir quand même tout en se mobilisant par téléphone.

Kadialy est emmené au commissariat du XIIIe arrondissement et confié à d’autres policiers. Il est à nouveau fouillé, et doit se déshabiller entièrement. Confiscation des lacets, prise d’empreintes, placement en cellule… Le commissaire qui reçoit Kadialy semble mal à l’aise. Le téléphone n’arrête pas de sonner. Ce sont tour à tour les professeurs du lycée François-Truffaut où Kadialy est élève en terminale comptabilité, le maire du iiie arrondissement, les membres de l’association RESF et de Mémoire 2000, qui protestent et ont alerté la presse. Bientôt, les policiers cessent de répondre au téléphone. À midi, la préfecture demande au commissaire de relâcher Kadialy. Le policier lui donne un papier de rappel à la loi, le raccompagne à la porte, lui serre la main et lui conseille de ne pas rester comme cela, sans papiers. Le jeune homme, ahuri, lui explique que cela fait sept ans qu’il fait des démarches sans résultats.

Le 14 mai, Kadialy avait déposé une nouvelle demande de titre de séjour, en même temps que quatre-vingt-cinq autres jeunes majeurs de Paris. La médiatisation de son arrestation sur le chemin d’Oradour-sur-Glane aidant, Kadialy obtient une réponse positive au mois d’août 2008 et un titre de séjour provisoire d’un an. La plupart des autres jeunes majeurs n’ont, quant à eux, pas reçu de réponse.

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