Kandiah Krishnananthan

Depuis près de trente ans, le Sri Lanka est aux prises avec un conflit sanglant opposant le gouvernement de la majorité cinghalaise bouddhiste et la minorité tamoule hindoue. On estime à près de 70 000 le nombre de victimes de cette guerre civile.

Kandiah Krishnananthan est âgé de trente-huit ans, il est tamoul. Lorsqu’il était encore étudiant, il s’est engagé aux côtés du mouvement des Tigres de libération de l’Eelam tamoul (LTTE). Le frère de Kandiah et son oncle ont été tués par l’armée cinghalaise. Le reste de sa famille a trouvé refuge en Inde. Lui et son frère cadet ont décidé de tenter leur chance en Europe. Après un long périple, ils ont fini par arriver à Strasbourg en 2001. Au Sri Lanka, Kandiah a été arrêté et détenu à plusieurs reprises, il en garde encore les marques. Les certificats médicaux qui accompagnent son dossier de demande d’asile l’attestent mais n’ont convaincu ni l’Ofpra ni la Commission de recours des réfugiés, qui ont rejeté sa demande en 2003.

La même année Kandiah fait la connaissance de Shanmugapiriya, sri lankaise, exilée comme lui. Un an plus tard naît Kajeenan, leur fils. La vie suit son cours, le couple n’a aucune ressource propre mais réussit tant bien que mal à assurer l’éducation de son enfant. Kajeenan est entré à l’école maternelle à Strasbourg en septembre 2007. Malgré le premier rejet, Kandiah garde espoir. Il trouve un employeur et la promesse d’une embauche en CDI dès que sa situation sera régularisée.

Lorsque son jeune frère, dont l’histoire est en tout point semblable à la sienne, obtient le statut de réfugié, il se dit que la partie est gagnée. Mais les voies de l’administration sont parfois impénétrables et Kandiah va apprendre de manière cruelle le sens de l’expression « deux poids, deux mesures » : sa demande de réexamen est rejetée, définitivement.

Ayant épuisé tous les recours, Kandiah se trouve sous le coup d’une obligation de quitter le territoire. Il est arrêté le 1er août 2007 et placé en centre de rétention en attendant son expulsion vers le Sri Lanka. Il en sortira libre le 13 août, grâce à l’intervention de la Cour européenne des droits de l’homme (CEDH), qui a ordonné à la France de suspendre son expulsion. En attendant qu’elle se prononce sur le fond de son dossier, Kandiah est assigné à résidence chez son frère et doit aller se signaler au commissariat tous les jours.

Depuis 2006, la situation au Sri Lanka s’est considérablement aggravée. L’accord de cessez-le-feu décrété en 2003 a volé en éclats. Les attentats terroristes répondent à la répression brutale de l’armée et inversement. Une situation qui a conduit plusieurs pays, à l’instar de la Suisse et de l’Allemagne, à suspendre les expulsions vers l’île, explique Simone Fluhr, membre du Collectif pour l’accueil des solliciteurs d’asile à Strasbourg (Casas).

La situation de Kandiah la met dans une colère qu’elle a du mal à contenir. Elle lui rappelle douloureusement celle d’Elanchelvan Rajendram, tamoul installé à Strasbourg, dont elle s’était également occupée. Débouté lui aussi du droit d’asile, il avait été expulsé vers le Sri Lanka en 2005. Il a été tué par l’armée sri lankaise, en février 2007, près de sa maison.

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