Lassine Diagouraga

Lassine Diagouraga est âgé de vingt-cinq ans. Comme beaucoup de Maliens, il a émigré pour des raisons économiques. Étant d’un naturel battant, il s’agissait pour lui de ne pas demeurer les bras croisés devant la fatalité : « Tout le monde préfère rester chez soi. Si j’avais eu le choix, je n’aurais pas quitté mon pays », confie-t-il. Dès 1995, il rejoint Libreville au Gabon pour travailler. Il y reste six ans. Puis, en 2001, décide de rejoindre son frère et sa famille installés en France depuis quelques mois.

À son arrivée, Lassine dépose une demande d’asile politique qui lui est rapidement refusée. Il est alors hébergé chez son frère. Quelque temps plus tard, il rencontre celle qui deviendra sa femme, il tente alors de déposer une demande de carte de séjour « vie privée et familiale ». Sans plus de succès. Toutes ses tentatives pour obtenir une régularisation se soldent par des échecs. Lassine évoque le contact éprouvant avec la préfecture : « Pour l’administration, quand tu es sans papiers, c’est comme si tu n’étais pas humain. Après, certains cherchent à t’aider. Les autres s’en foutent. » Pourtant, cela ne l’anéantit pas. Au contraire, il poursuit son installation. Il trouve du travail, d’abord dans une entreprise de travaux publics, puis décroche un CDI dans une société de nettoyage. Il emménage alors dans un appartement, à Clichy-sous-Bois. En 2007, Lassine se marie et, à la fin de l’année, sa femme donne naissance à un petit garçon.

Début 2008, il fait une nouvelle tentative de demande de titre de séjour, par le biais du travail cette fois. Lassine mise notamment sur le fait qu’il déclare ses revenus depuis 2002 et paie des impôts depuis 2007. Un mois plus tard, sa demande est rejetée. Pire, un problème de boîte aux lettres l’empêche de recevoir le courrier lui notifiant ce refus et le prive donc de la possibilité de contester la décision de l’administration.

Lassine retourne à son existence de travailleur sans papiers pendant quelques semaines encore, mais, en avril 2008, il est interpellé par la police à la suite d’un banal contrôle de ticket dans le RER. Il est alors placé en garde à vue et aussitôt envoyé au centre de rétention administrative (CRA) de Bobigny où il reste deux semaines, attendant chaque jour, dans la crainte, son expulsion vers le Mali. Mais, chance dans son malheur, Lassine a été arrêté sans son passeport. L’ambassade ne le reconnaît pas comme citoyen et refuse donc d’entériner son rapatriement au Mali. Dans l’impossibilité de l’expulser à court terme, les autorités se voient contraintes de le libérer.

Lors de son passage au CRA, Lassine a été pris en charge par des associations et des syndicats qui suivent son dossier de près, et qui ont monté pour lui une nouvelle demande de régularisation par le travail. Mais l’inquiétude et la précarité demeurent : en dépit de la vie qu’il a construite à Clichy avec sa femme et son fils de onze mois, Lassine Diagouraga sait qu’à tout moment il peut être expulsé.

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