Lei Wang et Benoît Berna

Lei Wang et Benoît Berna

En 1999, lors de l’un de ses nombreux voyages, Lei Wang rencontre Benoît Berna à la frontière du Pakistan et de la Chine. Elle est journaliste et auteure pékinoise, il est étudiant français. Ils sympathisent, puis leurs chemins se séparent. C’est par hasard qu’ils se retrouvent trois ans plus tard à Pékin, où Benoît effectue un séjour d’études. Ils ne se quitteront plus.

Après avoir vécu ensemble en Chine, le couple décide, en 2003, de s’installer en France pour quelques années. Lei met en suspens sa carrière et reprend des études à Paris. Ses résultats sont excellents et elle remplit chaque année les critères de renouvellement de son titre de séjour « étudiant ». En 2007, son directeur de recherche part à la retraite, alors qu’elle s’apprête à entamer une thèse. Or, les délais de la préfecture sont très brefs : Lei ne parvient pas à trouver un professeur qui accepterait de devenir son directeur de thèse avant l’expiration de son titre de séjour.

Le couple n’avait pas anticipé la possibilité que Lei puisse se retrouver sans papiers du jour au lendemain. Il décide de déposer le dossier d’une première demande de titre de séjour « vie privée et familiale ». En janvier 2008, Benoît et Lei se rendent au commissariat de Brunoy (Essonne) munis des preuves de cinq ans de vie commune et du Pacs qu’ils ont contracté. Une fonctionnaire refuse d’enregistrer leur demande, au motif que le passeport de Lei sera périmé d’ici six mois. Benoît prend rendez-vous avec le délégué du Médiateur de la République, qui confirme la légalité du motif invoqué. Le couple se voit ainsi empêché de déposer son dossier, à plusieurs reprises, pour des raisons « de plus en plus kafkaïennes », selon l’expression de Benoît. Au bout de quatre mois, ils peuvent enfin déposer leur première demande de titre de séjour au commissariat de Brunoy.

Une semaine plus tard, le couple est convoqué à la préfecture d’Évry. Le fonctionnaire ouvre le dossier que le commissariat de Brunoy lui a fait suivre, et constate que seule une partie des documents déposés par Benoît et Lei lui a été transférée. Après avoir appelé le commissariat, l’agent préfectoral explique au couple que la fonctionnaire de police les soupçonne d’avoir contracté un « Pacs blanc ». « Ça doit être pour cette raison qu’elle nous a mis autant de bâtons dans les roues, qu’elle refusait de nous donner une attestation de dépôt de dossier, qu’elle inventait toutes sortes de raisons pour invalider les documents que nous lui présentions et qu’elle n’a pas transmis notre dossier à la préfecture », suppose Benoît. Le couple est donc contraint de réunir une nouvelle fois toutes les preuves requises et de redéposer l’intégralité du dossier.

Benoît et Lei attendent quatre mois sans recevoir de réponse de la part de l’administration, ce qui vaut refus implicite. Ils apprennent qu’ils ont la possibilité d’intenter un recours, qui aurait toutes les chances d’être gagné, mais la procédure peut prendre jusqu’à un an. « C’est à ce moment-là qu’on a décidé de repartir en Chine », dit Benoît. Lei acquiesce : « Je refuse de rester sans papiers pendant encore une année en attendant d’avoir une réponse favorable du tribunal administratif. Je ne peux pas travailler, on ne peut plus voyager. J’ai déjà été contrôlée par la police. Cette fois-là, j’ai eu la chance qu’ils me laissent repartir. C’est très dur, même si j’ai conscience qu’on est dans une situation confortable par rapport à d’autres couples mixtes dont l’un des membres peut se retrouver expulsé dans un pays où il n’a pas d’avenir. Nous, au moins, nous avons le choix. »

Le couple a acheté deux allers simples pour la Chine, où Lei n’aura aucun mal à reprendre sa carrière. Ils envisagent d’y fonder une famille et de monter une maison d’édition.

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