Li Mao Chen

Li Mao Chen est élève en BEP restauration au lycée hôtelier Belliard dans le xviiie arrondissement de Paris. Arrivé en France en 2003, à l’âge de dix-sept ans, il se souvient avec émotion de ses retrouvailles, à un arrêt de bus du quartier du Sentier, avec ses parents arrivés là cinq ans auparavant. Il avait trouvé Paris très beau. Avant de déchanter en découvrant l’endroit où vivait sa famille : « Je dormais avec les machines à coudre dans l’allée. »

Sa mère est arrivée la première en 1998 : « La France la faisait rêver, elle pensait que c’était mieux qu’en Chine. Mais elle ignorait que c’était devenu si difficile d’avoir des papiers, et que la vie serait si dure. Au bout de quelque temps, mon père a compris qu’elle n’allait pas bien, et il est venu la retrouver. » Puis c’est le tour de Li Mao et de sa soeur en 2005, année où sa mère apprend qu’elle est atteinte d’un cancer du sein.

Depuis presque dix ans, la famille accumule les demandes de papiers au titre de la vie privée et familiale, en tant que parents d’enfants scolarisés au moment de la circulaire Sarkozy de juin 2006… Mais, en mars 2007, c’est une obligation de quitter le territoire que reçoit Li Mao, en réponse à sa dernière demande de régularisation. Accompagné par RESF, il forme un premier recours devant le tribunal administratif, mais le jugement lui est défavorable. De son côté, du fait de son cancer, sa mère finit par recevoir, en avril, un titre de séjour d’un an pour raisons médicales.

En août 2007, alors qu’un nouveau recours vient d’être déposé devant la cour d’appel, Li Mao se fait arrêter lors d’un contrôle dans le restaurant chinois où il fait la plonge. Placé en garde à vue pendant vingt-quatre heures, il ne peut joindre sa famille pour les prévenir. « Je me suis vraiment senti seul », raconte-t-il. Il réussit simplement à contacter sa marraine de RESF, qui déclenche une importante mobilisation auprès des membres du réseau. Suite aux nombreux fax et mails envoyés à la préfecture de police de Paris pour demander sa libération, ainsi qu’à l’interpellation en urgence des élus locaux, Li Mao est finalement libéré, alors qu’il vient d’être placé au centre de rétention de Vincennes.

En mars 2008, il obtient enfin un premier titre de séjour en tant qu’étudiant en CAP métiers de la restauration. Désormais en BEP, son titre a été renouvelé, mais il sait que dès qu’il aura son diplôme, il sera à nouveau sans papiers. Or, Li Mao doit désormais prendre soin de sa famille, dont la situation s’est considérablement dégradée. Ses parents doivent en effet continuer de rembourser les sommes qu’ils ont empruntées pour venir en France - 10 000 € par membre de la famille. Mais sa mère ne peut plus travailler depuis qu’elle est malade, et son père est aussi très diminué depuis une violente agression dans le métro. Le soir, après les cours, Li Mao l’aide souvent à « faire la couture ».

En Chine, son père était patron d’une entreprise qui fabriquait des meubles, ils habitaient une belle maison. Li Mao a dû s’adapter. « En France, j’apprends beaucoup de choses de la vie. Quand j’étais petit, je ne connaissais rien, je profitais seulement de l’argent de mes parents. » À la fin de l’année, Li Mao, qui espère obtenir son BEP restauration, aimerait faire le service en salle dans un restaurant. Un souhait irréalisable si la régularité de sa situation prend fin en même temps que ses études. Il devra alors continuer de travailler au noir, et sans doute dans les « arrière-cuisines » : « Ça change la vie d’avoir des papiers. On arrête d’avoir le coeur qui saute dès qu’on voit la police. En plus ça se voit sur notre visage qu’on n’a pas de papiers, c’est facile pour eux de nous repérer. »

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