Madi Diebakaté

Deux mille deux cents euros, c’est le prix que Madi Diebakaté a payé pour obtenir de faux papiers, en janvier 2002, à son arrivée en France : une carte de séjour de dix ans pour pouvoir travailler, avoir un compte bancaire, bénéficier de la sécurité sociale et payer des impôts. Il était âgé de dix-huit ans. Après plusieurs petits boulots en intérim dans l’hôtellerie et la restauration, il a été embauché dans l’un des établissements de la chaîne Buffalo Grill, à Saint-Cyr-l’École, dans les Yvelines. C’était en décembre 2004. Pendant huit mois, il travaille comme « homme toutes mains » et loge dans un studio que lui a trouvé son employeur.

Le 11 juillet 2005, un contrôle de police a lieu dans le restaurant. Madi est arrêté mais vite relâché. Le directeur régional de Buffalo Grill lui signe une mise à pied avant « un entretien préalable en vue d’un éventuel licenciement » [1]. Ce n’est pourtant pas une lettre de licenciement qu’il va signer mais un nouveau CDI dans un autre Buffalo Grill près de Bordeaux, à Lormont. Cependant, Madi raconte que, trois semaines plus tard, la direction lui demande de partir. Il se retrouve seul, à Bordeaux, sans argent. Grâce à de l’aide, il réussit à revenir à Paris. C’est toujours dans la même chaîne de restaurants qu’il travaille ensuite : il devient « grilladeur », à Versailles.

En regardant la télévision, en mai 2007, il apprend qu’un mouvement de grève de salariés sans papiers s’engage au Buffalo Grill de Viry-Châtillon. Il rejoint tout de suite la manifestation, participe à l’occupation du restaurant de l’Essonne et porte son dossier à la CGT ; soixante salariés espéraient une régularisation de leur situation, vingt-cinq seulement l’ont obtenue. Madi Diebakaté n’en faisait pas partie. Il est licencié, et la préfecture ne lui accorde pas de titre de séjour.

Il part alors se réfugier chez son parrain républicain dans l’Allier. Il est contrôlé un soir qu’il rentre d’une soirée avec les joueurs du club de football local qu’il a intégré à son arrivée dans le village. Pris de panique, il s’enfuit. Le lendemain, il est arrêté au domicile de son parrain : la police l’a trouvé caché sous un lit. Le 9 janvier 2008, il est enfermé au centre de rétention de Lyon, puis du Mesnil-Amelot. La mobilisation de la CGT n’y fera rien, trois semaines plus tard, Madi Diebakaté est renvoyé vers le Mali qu’il avait quitté sept années plus tôt. « Quelques jours après, je suis allé à Kayes, ma ville natale, avec la peur et la honte au ventre. Mon père a pleuré. » [2]

photo : Nicolas Jacquard/Le Parisien

Notes

[1]L’Humanité, 28 juin 2007.

[2]Libération, 15 septembre 2008.

Récit précédent
Récit suivant
 
Contact
Nous contacter
Lettre d'informations
recevez par mail l'actualité de Cette France-là. S'inscrire.