Malick Traoré

Cela faisait quinze ans que Malick Traoré [1] était arrivé du Mali. Il vivait en région nantaise avec sa femme, malienne elle aussi mais en situation régulière, et sa belle-fille. Malick subvenait aux besoins de la famille en travaillant comme informaticien. Il élevait la fille de son épouse, lycéenne en première ES, et la soutenait scolairement. Il était fier d’elle.

Le 3 mai 2007, Malick est arrêté par des policiers lors d’un contrôle d’identité devant son domicile. Au commissariat, il reçoit un arrêté de reconduite à la frontière, avant d’être amené devant le juge des libertés et de la détention. Sa femme est alors enceinte de sept mois. Les médecins surveillent de près sa grossesse, car elle est épileptique et a déjà subi deux fausses couches. Au vu de sa situation familiale, le juge décide exceptionnellement d’assigner Malick à résidence au domicile conjugal pendant le temps du maintien en rétention administrative. Malick dépose un recours contre l’arrêté de reconduite à la frontière, mais il est rejeté par le tribunal administratif de Nantes. Il fait aussitôt appel de cette décision.

En juin 2007, sa femme accouche d’un petit garçon. Deux mois plus tard, Malick apprend que son appel a également été rejeté. « Je ne voulais pas enfreindre la loi, mais il fallait que je reste en France pour assister ma famille affectivement et matériellement. Nous avions très peur qu’on vienne m’arrêter chez moi pour m’expulser, et j’ai choisi d’aller vivre ailleurs. On se rendait visite mutuellement le plus souvent possible et, malgré cette situation difficile, notre famille a été soudée davantage », explique-t-il.

Sur les conseils de son avocat, Malick décide de rester en France encore une année avant d’entamer des démarches de régularisation auprès de la sous-préfecture de Cholet (Maine-et-Loire). « J’ai attendu un an que l’arrêté de reconduite à la frontière n’ait plus d’effet juridique puis je me suis rendu à la préfecture avec ma famille, en mai 2008. Je leur ai fourni tous les documents qui montraient notre situation pour demander à être régularisé. Ils m’ont donné un récépissé qui a été renouvelé deux fois. Mais entre le troisième et le quatrième rendez-vous, j’ai été arrêté à nouveau. »

Le 28 juillet 2008, Malick est placé en garde à vue au commissariat d’Angers et reçoit un nouvel arrêté de reconduite à la frontière. Placé au centre de rétention de Rennes, il rédige à nouveau, sans succès, une requête dans laquelle il expose sa situation familiale. Malick entame une grève de la faim dans le centre de rétention et refuse d’embarquer une première fois. Le 11 août 2008, il cesse de résister et il est reconduit au Mali. À Bamako, il est aidé par l’Association des Maliens expulsés, qui a recueilli son témoignage écrit : « Cela faisait quinze ans que j’avais quitté le Mali et je n’ai plus de repères ici. Ma femme est souffrante et ne peut pas travailler. Ma belle-fille risque donc de devoir arrêter ses études pour commencer à subvenir aux besoins de sa mère et de son petit frère. Ma famille est devenue monoparentale à cause de mon expulsion. Je me sens loin de ceux que j’aime, et je vais tout faire pour revenir en France. Je vis grâce à l’énergie du désespoir. »

Notes

[1]Le nom a été modifié

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