Mandeep Singh

Mandeep Singh est né le 18 janvier 1981 à Uttal, dans la région du Punjab en Inde. Après avoir obtenu un diplôme en informatique, il s’engage dans l’armée. Il est affecté à une unité militaire postée près de la frontière pakistanaise dans l’Himalaya. Mandeep est soldat depuis deux ans, quand une nuit, deux de ses meilleurs amis sont capturés, tués et dépecés. C’est lui qui découvrira, à quelques kilomètres, les sacs emplis des restes des corps de ses amis soldats. Profondément ébranlé, il attend la nuit pour déposer son arme et ses papiers militaires près de la chambre de son chef et s’enfuit. Il sait que la désertion est passible de la peine de mort, il rentre donc dans sa région natale, mais demeure caché pour échapper à la police, qui le recherche pour le livrer à l’armée.

C’est le début d’une période d’errance, qui ne prendra fin qu’en mars 2005, quand Mandeep réussit à gagner la France. Pendant deux ans, il vit à Paris où il travaille comme peintre en bâtiment. Puis il part pour Amiens et rencontre Sophie. Rapidement, ils s’installent ensemble et, quelques mois plus tard, décident de se marier. Naturellement, ils se rendent à la préfecture pour se renseigner sur la marche à suivre. On leur prend leurs passeports afin, leur dit-on, d’en faire des photocopies. Un quart d’heure plus tard, l’employée n’est toujours pas revenue ; ce sont trois gendarmes qui se postent derrière le couple. Mandeep est arrêté.

Le juge des libertés le relâche rapidement : il retient la démarche de Mandeep qui s’est rendu spontanément à la préfecture. Néanmoins, le jeune homme est assigné à résidence. Commencent alors de longs mois pendant lesquels Mandeep, Sophie et même la fille de celle-ci, Amandine, seront harcelés par les gendarmes. Outre les visites quotidiennes, à 8 heures du matin, au cours desquelles la mère et la fille se voient signifier, de manière insistante, voire menaçante, qu’elles risquent gros, le couple est régulièrement suivi, y compris jusqu’au supermarché.

Le 4 janvier 2008, Mandeep est arrêté à nouveau et placé en rétention, alors que sa demande d’asile est toujours en cours d’examen. Il sera relâché trois jours plus tard pour vice de procédure : le traducteur n’était pas là. Mais le 23 février, lors d’une banale course à la poste, Mandeep est hélé par des gendarmes en civil. Effrayé, il presse le pas. C’est alors que les agents le coincent et le mettent en joue. Il est emmené en rétention dans un hôtel du nord d’Amiens. Trois jours plus tard, le juge lui refuse la liberté et la préfecture lui notifie qu’il peut être expulsé dès la semaine suivante pour New Delhi. Confronté à cette perspective, Mandeep, en plein tribunal, sort une lame de rasoir et se taillade les veines.

Dès sa sortie d’hôpital, il est conduit au CRA de Bobigny. Ses soutiens tentent une action auprès de la juridiction européenne mettant en avant le fait que la Convention européenne des droits de l’homme préconise « la suspension de la reconduite à la frontière en cas de danger de mort ».Une nouvelle pièce est versée au dossier : une lettre de Mme Amarjit Kaur, maire d’Uttal, dans laquelle elle témoigne du danger qu’encourt Mandeep et de l’ardeur que mettent l’armée et la police à le rechercher. Elle finit par ces mots : « Mandeep Singh […] devrait être autorisé à rester où il est, et que sa vie soit protégée pour qu’il puisse vivre. »

Rien n’y fait. Le 15 mars, Mandeep est expulsé. Tout espoir de résistance aux trois agents de la PAF qui l’escortent est vain, car il est ligoté et bâillonné avec un bout de scotch. Des passagers du vol ont appelé RESF à l’arrivée de l’avion en Inde pour les prévenir qu’ils avaient vu Mandeep descendre de l’avion, escorté par des militaires indiens. Il est aujourd’hui en prison dans l’attente, et la crainte, de son jugement.

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