Marie-Claire Da Silva

Marie-Claire Da Silva

Marie-Claire a accouché le 23 février 2008 d’un petit garçon. Elle l’a appelé John, comme le cousin qui les a recueillis, elle et son bébé, dans l’appartement qu’il habite avec sa femme.

Marie-Claire est âgée de vingt-sept ans, elle est sénégalaise. Lorsque sa grand-mère meurt, la seule famille qui lui reste, c’est sa tante, qui vit en France depuis une dizaine d’années et qu’elle décide de rejoindre en février 2003. Mais quand son visa de tourisme expire, Marie-Claire comprend qu’elle ne pourra prétendre à un titre de séjour ; pour y avoir droit, cinq années de présence sur le territoire français sont en théorie requises. Mais Marie-Claire ne veut pas rentrer au Sénégal, où elle n’a plus personne et plus rien. Alors, elle décide de rester chez sa tante et d’attendre que s’écoulent les cinq années, priant pour ne pas se faire remarquer. Elle apprend le français, travaille quand elle peut.

Il ne lui reste que quelques mois à attendre quand elle fait la connaissance du père de son fils. Il est âgé de trente ans et habite avec sa mère à Brest. Marie-Claire le rencontre alors qu’elle rend visite à l’une de ses cousines, qui vit dans le même immeuble que lui. Quand elle rentre à Paris, il l’appelle plusieurs fois par jour, et finit par lui demander de venir le rejoindre à Brest.

Marie-Claire y retourne en février 2007, commence par habiter chez sa cousine, et tombe enceinte quelques mois plus tard. Le couple projette de s’installer, le futur père promet de trouver un travail régulier. En attendant, la situation de Marie-Claire ne facilite pas les démarches auprès du service des allocations familiales. Sans titre de séjour, la CAF refuse de verser les allocations prénatales sur son compte : « Pas de papiers, pas d’allocations », lui dit-on. Sa belle-mère refuse de prendre en charge les frais d’analyses. À mesure que les factures de laboratoires s’accumulent, les relations avec sa belle-famille se tendent. Aujourd’hui encore, Marie-Claire est persuadée que c’est sa belle-mère qui l’a dénoncée.

Le 10 décembre 2007, elle faisait la vaisselle quand les policiers ont débarqué dans l’appartement de sa cousine. Après trois jours en garde à vue au commissariat, elle se retrouve au centre de rétention de Rennes pour attendre son expulsion vers le Sénégal. Elle en sort le 27 décembre, avec les policiers chargés de l’emmener à l’aéroport de Roissy. Sur le trajet, elle fait plusieurs malaises. « Je n’arrêtais pas de vomir, on a dû changer de voiture plusieurs fois. » Elle est enceinte de plus de six mois. Des membres de RESF, prévenus de sa prochaine expulsion, sont présents à l’aéroport pour tenter de l’empêcher. Son cousin John est là aussi ; il sera arrêté avec cinq autres personnes, mais lui seul sera placé en garde à vue pour outrage et rébellion. Il y retrouve Marie-Claire, qui a fait un malaise devant la porte d’embarquement et que les policiers ont finalement ramenée au poste. Tous les deux seront relâchés le lendemain matin.

Depuis la naissance de son fils, Marie-Claire n’a eu aucune nouvelle du père. Il ne répond pas au téléphone. Il a pourtant reconnu l’enfant, mais refuse de faire le nécessaire pour le livret de famille de John junior. Sans le livret, elle ne peut entamer aucune démarche pour ses propres papiers. Les cinq années de présence en France sont écoulées, mais Marie-Claire est bien consciente que depuis quelque temps, ça ne sert plus à rien : « Il y a des gens qui sont en France depuis quinze ans à qui l’on refuse les papiers. »

Elle aimerait trouver un travail et un appartement pour elle et son fils. Elle aimerait retourner en Bretagne et former une famille avec le père, parce que, malgré tout, elle l’aime. Elle aimerait faire un tas de choses, mais, pour l’instant, elle évite de sortir de la maison.

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