Mariétou Sonko

Mariétou Sonko est âgée de trente ans. Son grand-père était un tirailleur sénégalais et il est mort pour la France. La France, pourtant, ne s’est pas toujours montrée d’une grande générosité à son égard.

En 2001, elle épouse un Français à Dakar. Un peu moins d’un an plus tard, elle le rejoint dans l’Hérault, où, faute de pouvoir louer son propre logement, le couple vit chez la mère du mari. La vie de Mariétou tourne rapidement au cauchemar. Elle est exploitée par cette famille pour qui elle devient corvéable à merci. En 2002, elle finit par faire une chute d’échelle d’une dizaine de mètres et est gravement accidentée. Personne n’appelle les secours. Aucun médecin ne sera sollicité. Elle sombre dans la dépression et tente de mettre fin à ses jours. Sa belle-mère prévient cette tentative. Début 2003, elle se retrouve finalement à la porte avec ses affaires.

Elle est accueillie dans un foyer d’hébergement d’urgence. Les séquelles de sa chute sont importantes. Une consultation médicale est immédiatement effectuée et le médecin l’envoie au CHU de Montpellier où elle sera opérée. L’intervention lui évite l’évolution vers une paralysie certaine, mais elle est déclarée handicapée à 79%, ce qui lui permet cependant de continuer à exercer son activité de chanteuse et de musicienne. Elle est, en revanche, désormais incapable de se déplacer sans béquilles. Le moindre mouvement sollicitant sa colonne vertébrale peut poser problème. Suite à son opération, elle est logée dans une maison de rééducation.

Sa situation reste très précaire. En 2005, elle est hébergée dans un foyer du Secours populaire à Privas. En mars 2006, elle s’installe finalement dans un logement au Cheylard, qu’une assistante sociale lui a trouvé. Elle rencontre Gaël, qui est depuis son compagnon. Il lui apporte son soutien, il l’aide à réaliser les tâches rendues difficiles ou impossibles en raison de son handicap.

Le 11 octobre 2007, la préfecture de l’Ardèche envoie à Mariétou une obligation de quitter le territoire français. La jeune femme fait appel. À deux reprises, le 10 janvier et le 14 février 2008, ses appels sont rejetés.

Un matin, fin février, la police vient l’arrêter à son domicile du Cheylard et la conduit au centre de rétention de Lyon-Saint-Exupéry. Le médecin qui l’examine refuse cependant de valider l’éloignement. Selon lui, elle ne peut voyager qu’en avion sanitaire, et son état de santé est par ailleurs incompatible avec son enfermement en centre de rétention. Parce que la police ne la ramènera pas chez elle, des amis viendront la chercher et l’hébergeront pour la nuit ; le lendemain, elle prendra le bus et rentrera chez elle par ses propres moyens.

Pendant plusieurs mois, Mariétou Sonko a été condamnée à l’incertitude, vivant dans la crainte qu’un avion sanitaire ne soit affrété et la ramène au Sénégal. Le soulagement ne viendra qu’en novembre 2008, quand la préfecture de l’Ardèche a finalement décidé de lui accorder un titre de séjour « vie privée et familiale ».

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