Milande

Milande [1] quitte Haïti en 2002 à la demande de sa famille inquiète du nombre croissant d’enlèvements à Port-au-Prince. Peu de temps après son arrivée en Guadeloupe, elle rencontre Gustave, un Guadeloupéen avec qui elle vit quelques mois. Toutefois, l’alcoolisme de son compagnon rend très vite la vie quotidienne difficile. Milande choisit de le quitter pour partager une maison avec d’autres Haïtiens. Mais un mois après la séparation, elle s’aperçoit qu’elle est enceinte.

En dépit de ses conditions de vie difficiles, la jeune femme décide de mener sa grossesse à terme. Sans ressources, elle ne peut compter que sur l’aide de ses colocataires. Milande choisit de renouer avec Gustave, qui est présent lors de l’accouchement et reconnaît l’enfant. Ils décident de ne pas reprendre la vie commune, mais il l’aide un peu financièrement, de manière ponctuelle. Lorsque Milande apprend qu’elle peut obtenir des papiers en tant que mère d’un enfant né d’un père français, elle fait une demande de titre de séjour, qu’elle obtient une première fois et qui sera renouvelé à deux reprises. Grâce à cette carte de séjour, elle trouve à travailler comme employée de maison.

Marc, son fils, a de graves problèmes de santé qui nécessitent plusieurs hospitalisations. Milande a certes peu de moyens, mais, avec l’obtention de la Couverture maladie universelle (CMU), son salaire, les quelques aides financières ponctuelles de Gustave et de la mère de celui-ci, elle arrive à faire face aux frais entraînés par la maladie de l’enfant et à assurer sa scolarisation en école maternelle. Gustave va chercher son fils à l’école quand elle travaille, et l’enfant passe les fins de semaines et les vacances scolaires dans la famille de son père. Pour tout le monde, Gustave est le père de Marc et se conduit comme tel.

Cependant, en 2007, la préfecture refuse de renouveler le titre de séjour d’un an au motif qu’une enquête doit être diligentée : aux yeux de l’administration, la paternité de Gustave est suspecte et doit donc être confirmée. En mars 2008, à la place du renouvellement de son titre de séjour, Milande reçoit une obligation de quitter le territoire : ayant découvert que Gustave a reconnu un autre enfant né d’une mère haïtienne, la préfecture a conclu que la reconnaissance de paternité concernant Marc ne peut être que de complaisance. Conséquence de ce raisonnement d’« enquêteur », Milande s’attend d’un jour à l’autre à être arrêtée, expulsée et à devoir abandonner son enfant né d’un père français en Guadeloupe.

Notes

[1]Le prénom a été modifié.

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