Miryam

« Je suis Miryam [1], je suis iranienne » : le seul papier retrouvé sur Miryam, à son arrivée à Alençon en Normandie, ne comportait pas d’autre mention. C’était en octobre 2004. Miryam venait de passer plusieurs semaines cachée dans des camions à travers l’Europe. « J’étais sale, j’avais faim et froid. J’ai atterri dans un foyer pour les sans-abri. Puis le Secours catholique m’a offert un billet de train pour Paris. À mon arrivée, j’ai dormi dans des cabines téléphoniques et dans des hôpitaux. J’ai mangé aux Restos du coeur. Longtemps après, on m’a trouvé une place dans un foyer et on m’a donné la carte jaune [récépissé de la demande d’asile] qui me permet de toucher environ 300 euros par mois [allocation d’insertion versée pendant un an aux demandeurs d’asile]. Alors j’ai enfin pu téléphoner à ma mère pour lui dire que j’étais vivante. »

Miryam, aujourd’hui âgée de vingt-sept ans, a grandi en Iran dans un milieu modeste. vers l’âge de dix-huit ans, elle est troublée par la relation qui la lie à Aza, sa meilleure amie. C’est plus que de l’amitié. Aza et Miryam sont rapidement surprises par leurs parents, qui s’en remettent à l’école où elles préparent leur bac. Toutes deux sont aussitôt renvoyées, et leur identité est signalée au ministère de l’Éducation nationale. La mère de Miryam arrive à cacher son exclusion au reste de la famille et lui paye des cours d’informatique. Ceux-ci permettent à la jeune fille de trouver un emploi de secrétaire dans une usine d’État qui fabrique des automobiles. Quelques mois plus tard, Aza l’y rejoint et leur histoire d’amour reprend. Si le harcèlement du conseil islamique de l’usine conduit Aza à démissionner, pour sa part, Miryam résiste, jusqu’au jour où elle lâche à un psychologue du travail que les hommes la « dégoûtent ».

L’enfer commence alors : elle est internée de force en hôpital psychiatrique pendant des mois. Interrogatoires, traitements médicaux forcés, interdictions de visites, la mettent dans un état méconnaissable. À sa libération, elle veut reprendre son emploi, mais est licenciée le jour même. Une voiture l’attend dehors, trois hommes l’arrêtent. On la torture, on l’interroge sur « son réseau d’homosexuels », on lui demande des noms. « Au bout des quatre jours, j’étais tellement épuisée que j’ai fait toutes les promesses qu’ils attendaient de moi. J’ai dit que j’allais me marier et espionner pour eux les homosexuels. » Mais Miryam ne donne pas satisfaction : elle ne livre aucune information — elle n’en a pas. Une des psychiatres qui la suit l’informe : « Je dois dire au gouvernement s’il faut te lapider ou autoriser ton changement de sexe. » Le soir même, Miryam est décidée à fuir. Elle arrivera en France quatre mois plus tard.

Sa demande d’asile est déposée en janvier 2005. En tant qu’Iranienne, elle devrait obtenir une réponse positive. C’est pourtant un refus qui lui est signifié en décembre 2005. L’Ofpra reconnaît son homosexualité mais évoque des « déclarations confuses sur ses craintes à l’égard des autorités et les menaces sur sa famille », qui ne sont « étayées d’aucun élément digne de foi permettant de croire en la réalité des faits allégués et la gravité de ses craintes de persécutions en cas de retour ». Le 19 juillet 2005 pourtant, deux homosexuels, dont l’un était mineur, étaient pendus en Iran. Et depuis, les pendaisons se sont poursuivies. En 2007, selon un décompte tenu par des associations LGBT (lesbiennes, gaies, bi & trans) et des journalistes, au moins 27 Iraniens auraient été exécutés pour des faits liés à l’homosexualité. L’Ofpra, qui connaît cette situation, n’en a pas tenu compte. Arrive alors la phase d’appel devant la Commission des recours des réfugiés (CRR) : phase interminable car le recours est égaré, pendant un an et demi, sans que quiconque ne s’en soucie — à l’exception d’un réseau de gays irakiens exilés qui aide Miryam et l’enjoint à témoigner dans plusieurs magazines, en France et aux États-Unis. En attendant, elle vit dans la misère. Isolée, apeurée, Myriam parvient néanmoins à apprendre le français.

Le 5 juillet 2007, la CRR a cassé la décision de l’Ofpra qui l’avait déboutée de sa demande d’asile en décembre 2005.

photo : Bertrand Gaudillère/collectif Item.

Notes

[1]Le prénom a été modifié.

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